• AHMED BEDJAOUI, LE RETOUR

    Le cinéma algérien en 10 leçons

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    Du dimanche 23 novembre à 10h00 au jeudi 27 novembre à 18h00 à la Cinémathèque algérienne, animé par Ahmed Bedjaoui, critique de cinéma et producteur.
    Dimanche 23 novembre:
    Première leçon à 10h: Les enfants de Novembre de Moussa Haddad.
    Deuxième leçon à 13h30: Hassen Terro de Mohamed Lakhdar Hamina
    Troisième leçon à 17h30: Tahya ya Didou de Mohamed Zinet
    Lundi 24 novembre:
    Quatrième leçon à 13h30 (Petite salle): La Nouba des femmes de Assia Djebar
    Cinquième leçon à 15h00: Omar Gatlatou de Merzak Allouache
    Sixième leçon à 17h30: Nahla de Farouk Belloufa
    Mardi 25 novembre:
    Septième leçon à 15h00: La citadelle de Med Chouikh
    Huitième leçon à 17h30: Rachida de Yamina Bachir Chouikh
    Mercredi 26 novembre:
    Neuvième leçon à 15h00: La maison jaune de Amor Hakkar
    Dixième leçon à 17h30: Mascarades de Lyes Salem
    Jeudi 27 novembre:
    Epilogue 1 à 13h30: Hors-la-loi de Rachid Bouchareb
    Epilogue 2 à 17h30: Courts métrages de la jeune génération -
    - Garagouz de Abdenour Zahzah
    - L'île de Amine Sidi Boumediene
    - Les jours d'avant de Karim Moussaoui
    - El Djinn de Yasmine Chouikh
    Entrée sur carte d'accès. Inscription à l'adresse suivante:
    lecinemaalgerienen10lecons.alger@if-algerie.com


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  • SORTI LE 12 NOVEMBRE DERNIER À PARIS

    Chacun sa vie”, le nouveau film d’Ali Ghanem

     
     
     

    Sur le pont d’un ferry qui fait la navette entre Marseille et Alger, Rachid, la soixantaine passée, achève sa prière et se dirige vers le restaurant. Tandis qu’il déjeune, il est terrassé par un malaise cardiaque. Transporté dans sa cabine, il revoit sa vie défiler.
    Dans les années 70, il a d’abord travaillé sur des chantiers en région parisienne, puis dans des usines du Nord de la France, où il s’est impliqué dans les luttes sociales. Des années plus tard, revenu en région parisienne, alors qu’il a fait venir sa famille dans l’appartement qu’il est parvenu à acquérir, on le retrouve employé à la morgue d’un hôpital où il lave les corps des musulmans selon les rites de l’islam. Il a toujours rêvé de finir ses jours en Algérie, et s’y est fait construire une maison. A peine à la retraite, il réunit sa famille et  annonce qu’il a décidé de rentrer au pays et mis en vente l’appartement. Sa femme et ses enfants, stupéfaits, refusent de le suivre. Ils considèrent que leur vie est en France. L’une de ses filles, Nadira, dont il est très fier et qui est sa préférée, suit des cours de piano et souhaite devenir professeur de musique. L’autre, Malika, qu’il avait mariée à un cousin, vient de divorcer. Son fils Farouk, qui se contente pour le moment de petits boulots, espère devenir animateur dans une Maison des jeunes. Nadira l’encourage toutefois à aller passer quelque temps seul  en Algérie pour réfléchir et se changer les idées. Arrivé dans son village natal, il a la surprise de trouver sa maison occupée. Son frère l’a mise en location en son absence, et lui cherche querelle à propos d’une obscure affaire d’héritage... La sœur de son ami Mohamed, dont il a fait rapatrier le corps après son décès, lui fait des invites ambiguës, et la plupart de ses amis sont morts... Le film est coproduit par la Télévision algérienne et subventionné par le ministère de la Culture. Ali Ghanem, qui en est le scénariste, l’auteur et le producteur, a galéré pendant des années pour parvenir à le réaliser, car l’air du temps n’est plus aux films qui traitent de ce genre de sujet social ni aux films à  petit budget. Ce film plein de sensibilité, où il n’y a ni sexe ni violence, nous permet de partager un instant le quotidien de ceux que l’on croise sans rien connaître de leur déchirement entre deux cultures, entre deux rives, entre deux rêves...
    Les interprètes, des comédiens professionnels, mais aussi des débutants, sont excellents, et les images belles, simples et pleines de sensibilité. C’est le retour d’un cinéaste qui nous avait donné par le passé deux films remarqués Mektoub et Une femme pour mon fils. Un film à voir car il est bien rare qu’un film algérien sorte en France.

     

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  • Kaci Tizi Ouzou inhumé jeudi au cimetière El Alia d’Alger

    Adieu l’humoriste et merci…

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    le 22.11.14 | 10h00 2 réactions

     
     

     

    Le comédien Lourani, plus connu sous son nom d’artiste, Kaci Tizi Ouzou, décédé mercredi à l’âge de 83 ans des suites d'une longue maladie, a été accompagné à sa dernière demeure par une foule nombreuse.

    Artistes, proches, amis et anciens collègues du défunt, venus de plusieurs régions, étaient présents lors de l’inhumation au cimetière El Alia, pour lui rendre un dernier hommage. Parmi eux Ahmed Kadri dit Krikeche, Hamza Foughali appelé Mama Messaouda et Mourad Khan. Ces derniers étaient bouleversés, suite au décès du grand comédien.

    D’autres artistes, à l’instar de Sid Ali Salem et Abdelkader Chebira avec lesquels Kaci Tizi Ouzou avait collaboré ces dernières années pour l’organisation de plusieurs manifestations culturelles à El Harrach (Alger), étaient également présents aux obsèques.  Ahmed Kadri, qui a formé un duo avec le défunt pendant plusieurs années, était affligé par la disparition de son ami, avec qui il a interprété plusieurs pièces théâtrales et sketches télévisés.

    L’humoriste atypique, natif de Beni Ourtilène (Sétif), Kaci Tizi Ouzou a laissé derrière lui une longue carrière à la radio, à la télévision ainsi que dans le théâtre. L’hadj Kaci, qui a marqué la scène culturelle algérienne, était réputé pour son humour dans les sketchs satiriques et percutants à la Radio nationale et à la télévision. Après 30 années passées à la radio, une carrière riche de plus de 6000 émissions radiophoniques empreintes de satire et de dérision, le défunt avait fait produit également des films, dont La Nuit a peur du Soleil de Mustapha Badie.

    Il avait également une riche et longue carrière sur les planches du théâtre. «Kaci Tizi Ouzou est un très bon ami avec qui j’ai débuté dans le monde  de l’art dans les années cinquante», se souvient Ahmed Kadri avec émotion, selon l’agence APS, rappelant le long parcours artistique qu’ils ont partagé dans les années 1960,1970 et 1980. Hamza Foughali (Mama Messaouda), qui a côtoyé le défunt dans plusieurs sketches, regrette la disparition de ce grand comédien qui «a rempli les cœurs des Algériens de joie».

    Le musicologue et président du Centre national des arts et des lettres, Abdelkader Bendaâmache a évoqué «le riche palmarès artistique de cette star de la comédie algérienne et sa lutte pour la cause nationale avant même le déclenchement de la Révolution», ainsi que «sa modestie et sa proximité du peuple, très apparente dans ses sketchs» (près de 600). A noter que le défunt avait été honoré l’an dernier par le théâtre régional Kateb Yacine, de Tizi Ouzou, en signe de reconnaissance pour son apport à la scène culturelle nationale à laquelle il avait consacré plus d’un demi siècle.

    R. B.

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    Parcours. Acteur, scénariste, réalisateur, producteur… 
    Citizen Hanache

    Extraordinaire et triste épopée depuis les projecteurs du 7e art naissant jusqu'à l'obscurité de l'oubli. 
    Le débutant
    UN LOUIS D'OR ET LA VILLE DES LUMIÈRES
    Il naquit à Constantine le 18 novembre 1898, presque en même temps que le cinématographe. On dit que son père était cheminot. Le jeune Tahar, Benelhannache par l'état civil, s'intéressa d'abord au cinéma comme on s'intéresse aux nouvelles inventions. Le cinéma forain venait de débarquer sur les places de sa ville et le petit Tahar s'attardait après l'école pour voir et revoir la série de Max Linder : Max prend un bain, Max cherche une fiancée, Max dans sa famille, etc. Au même moment, à Londres, un aussi jeune et aussi pauvre garçon était influencé par le même acteur français. Il deviendra, quelques années plus tard, l'acteur principal de Charlot fait son cinéma, Charlot Pompier, Charlot Boxeur, etc. Durant son adolescence, Tahar dit Hanache s'intéressa à l'automobile, aux avions, aux bâteaux, bref, à toutes les innovations qui, comme le cinéma, permettent de voir loin, très loin… Ses études achevées, il effectua son service militaire au lendemain de la Première Guerre mondiale. Cette corvée accomplie, il partit en France avec un louis d'or dans la poche et de grandes espérances. Il avait compris que Paris était la ville du cinéma. La légende — et lui-même en est une — dit qu'aussitôt débarqué dans la Ville des Lumières, qui pour lui était aussi celle des frères Lumière, il aurait demandé où l'on fabriquait des films. Direction : les studios Pathé à Vincennes... « Est-ce que vous avez du boulot pour moi ? » « Vous êtes arabe ? » « Oui » « Revenez demain, on vous engage. » Tel aurait été le premier contact du jeune Tahar avec les fabricants du rêve.
    L'acteur
    AUX CÔTES D'ALICE TERRY, REINE D'HOLLYWOOD
    Jacques Feyder, nous l'avons déjà raconté dans ces colonnes, avait déjà décidé de tourner L'Atlantide en Algérie. Il avait besoin d'acteurs et de figurants de type arabe. Tahar Benelhannache a-t-il participé à ce film ? Probablement. Si son nom n'est pas accrédité au générique comme la plupart des Algériens qui ont servi de silhouette pour donner plus de crédibilité à l'exotisme du film, des lettres retrouvées prouvent qu'il était en Algérie à l'époque du tournage du film. Notamment une lettre de l'immense cinéaste américain, Rex Ingram, signifiant à Benelhannache, qu'il est engagé comme acteur et comme régisseur (parce que connaissant la langue et le pays) pour le film qu'il tourna en Algérie ayant pour titre The Arab. Le réalisateur des Quatre Cavaliers de l'apocalypse n'est pas déçu de la prestation du jeune Tahar, puisqu'il l'engagea dans les deux films suivants, les derniers de la brève mais riche carrière de Rex Ingram : The Garden of Allah, tourné en 1926 à Alger, et Baroud, tourné au Maroc en 1931. Entre temps, le jeune Algérien n'avait pas perdu son temps, tournant dans d'autres films et côtoyant de grands acteurs populaires du cinéma muet dont Joe Hamman, Marcel Vibert, Simone Bourdey, Charley Sov, Bach… Il eut aussi la chance de jouer au côté de la plus blonde et plus belle actrice de Hollywood des années vingt, Alice Terry. Il tourna aussi aux côtés d'acteurs plus connus, parce qu'ils avaient fait le bonheur des studios au début du parlant : Gaston Modot, Raimu, Robert Le Vigan, Viviane Romance, Fernandel et le débutant Jean Gabin… Ce fut, il y a longtemps. Très longtemps…
    Le chef opérateur
    SCULPTEUR DE RÊVES ET CORRESPONDANT DE GUERRE
    A force de passion et de persévérance, Tahar Hanache devient, vers 1935, chef opérateur aux côtés de Raymond Agnel, André Bayard, entre autres, et tourna pour Willy Rozier, Claude Orval, Jacques Séverac et d'autres encore. A titre d'exemple, c'est lui qui signa les images de Moulin Rouge en 1938, un film d'André Hugon, avant le remake américain signé de Jean Huston en 1952. Tahar Hanache avait bien fait d'apprendre le métier d'opérateur parce que bientôt, Hitler freina le cinéma européen et propulsa irrémédiablement le cinéma américain en un effrayant business. A cette époque, notre homme ne chôma pas. Justement, il fut engagé par les Américains en tant que correspondant de guerre avec une solde de lieutenant ; ce qui va lui permettre de gagner de l'argent, mais surtout d'enrichir les actualités mondiales de plusieurs milliers de mètres de pellicule témoignant à ce jour de la France affamée à l'époque du Maréchal Pétain (voir photo ci-contre : Hanache, derrière la caméra, à Paris pendant la guerre). Pendant 3 années, entre 1942 et 1945, il signa plusieurs films d'actualités notamment, les images de la fameuse aventure du sous-marin des forces françaises libres : Casabianca. C'est grâce aussi à son service qu'il arracha une chose pratique : sa carte de cinéaste sous le numéro de 7951 avant tous les colonisés.
    Le premier cinéaste algérien
    AUX PORTES DU SAHARA BOMBARDE À PARIS !
    Mais Tahar Hanache n'attendit pas sa carte pour réaliser son premier film. La carte, c'était pour les cinéastes français. Il réalisa en fait son premier film en 1938 ! Aux portes du Sahara (retenez le titre) est ainsi, le premier film authentiquement algérien. Malheureusement, de ce film, il ne reste que les preuves administratives de son existence : les factures, puisqu'il fut produit par la société qu'il avait créée : TA-HA Films, mais aussi les lettres échangées avec le distributeur, notamment une où il demandait le renouvellement du bail. « A défaut, je vais être dans l'obligation de louer le film à un autre distributeur qui a manifesté le désir de le commercialiser », précise le jeune producteur en bon négociateur. Dans une autre lettre, rédigée par le directeur des studios de Billancourt-sur-Seine (auj. Boulogne-Billancourt) et datée de la fin mars 1942, il apprit la mauvaise nouvelle : « Les négatifs de votre film, Aux portes du Sahara, sont détruits par le bombardement du 3 mars 1942. » Voici le sort du premier film algérien. Il fut tué par 475 tonnes de bombes larguées par les Alliés vers 21h. Bien entendu, ces engins imprécis ne visaient pas le travail de Hanache mais les usines Renault, utilisées par les nazis. Tahar Hanache réalisa d'autres films après la guerre. Le premier, en 1946, s'appelle tiré en version arabe et française. Le film comme l'indique le générique, est plutôt un reportage sur la ville du Vieux Rocher. L'image en noir et blanc, comme d'habitude, est splendide et le film tente de montrer les anciens métiers constantinois côtoyant la technologie apportée par la France… notamment l'aéroport et les ponts. C'est que Tahar Hanache pensait à tout en réalisant ses films, mais surtout à contourner la censure du G. G., le gouvernement général. Lors du visionnage du film, Ameziane Ferhani était frappé par le nombre des plongeurs montrés à la piscine de Sidi M'cid, comme s'il s'agissait d'un thème récurrent du réalisateur… D'autres films de la société de Tahar Hanache et signés par lui sont réalisés. Pour le moment, nous n'en connaissons que les titres : Port Lyautey, L'Homme du Sud, Chants Bédouins, Le Chemin des Croisades. Les négatifs des deux derniers sont conservés aux Archives du Film français au Bois d'Arcy en région parisienne. Les autres sont probablement perdus. Avec Les Plongeurs du désert et Constantine, cela fait sept films. La cinémathèque algérienne, quant à elle, conserve les positifs du Les Plongeurs du désert et Constantine, l'Ancienne Cirta. A leur époque, les films de Tahar Hanache sont considérés par la presse militante Précisément AlgerRépublicain et La République Algérienne, comme franchement anticolonialiste et cela, avant le 1er novembre 1954.
    Les années télé
    FORMATEUR, PIONNIER ET… HUMILIE
    En 1954, l'idée d'une télévision à Alger est mise en pratique par le G.G de l'Algérie encore française pour quelques longues et meurtrières années. Les programmes français ne posaient pas problème puisque on comptait sur Paris. Pour les programmes « musulmans », Tahar Hanache quitta son confortable appartement du 8e arrondissement de Paris, sa riche carrière cinématographique et arriva, en même temps que la révolution, pour, selon son idée, servir la culture algérienne. Les émissions commencèrent le 24 décembre 1954, à partir du siège des Eucalyptus. Le siège actuel de la télévision était encore en construction. Les Algériens, qui avaient un peu plus de moyens que les autres, achetèrent leur premier poste et invitèrent leurs voisins des HLM à venir découvrir la télé. Les enfants étaient alignés au premier rang, les femmes au second et les hommes enfin, au dernier et jusque dans les couloirs. Le home cinéma était né en Algérie ! Bachetarzi, formateur de jeunes interprètes de théâtre depuis quelques années déjà, rencontra enfin la technique de Hanache. Ainsi, et à tour de rôle, Keltoum, Touri, Abderahmane Aziz, Rouiched, Hilmi, Agoumi et d'autres, virent enfin la lumière… sous ses projecteurs. Un fait marquant : Hanache ne signa aucun de ses nombreux sketches. Il refusa de le faire, non pas pour donner leurs chances au réalisateurs débutants, à l'instar de « Mustapha Badie, Mustapha Gribi, Boualem Raïs, Ali Abdoun et d'autres, mais parce qu'il se considéra pour ce qu'il fut toujours : un homme de cinéma. D'ailleurs son premier poste à la télévision fut chef de service cinéma » Mais surtout, à cette époque de la guerre de l'Algérie pour son indépendance, Hanache pensa former la relève de la prise de vue. Ses élèves s'appelaient Ali Djenaoui, Adel Nourredine, Youcef Sahraoui, Mahmoud Lekhal, etc. Certains d'entre eux furent envoyés parfaire leur formation àParis. Mais à l'appel de M'hamed Yazid, alors ministre de l'Information du GPRA, Ali Djenaoui et huit autres jeunes opérateurs, fraîchement diplômés de l'IDHEC (Institut des hautes études cinématographiques de Paris), essayèrent de rejoindre Tunis, avec leur matériel, volé à l'école disent certains, afin de mettre leur métier au service de l'Algérie combattante. Ils choisirent un chemin rude… passant par les wilayas de l'intérieur avant d'être victimes de la bleuite, exécutés et déclarés « disparus au maquis ». Seul Youcef Sahraoui, le benjamin du groupe, en réchappa miraculeusement grâce à l'intervention du Colonel Si El Haouès. Mais avant la guerre, Tahar Hannache avait déjà formé son petit cousin, Djamel Chanderli, à la caméra. Plus tard, ce dernier fera partie de la première cellule cinéma du FLN à Tunis. Après 1962, Tahar Hanache resta à la RTA (Radio Télévision algérienne). Il est parmi les rares techniciens qui assurèrent le lancement de la télévision algérienne et évitèrent l'interruption d'émission des ondes. Mais le mot est lâché : Hanache n'est plus qu'un technicien. Il est envoyé comme cameraman aux stades de foot ! Pire, nous avons retrouvé une lettre de lui adressée au directeur de la RTA d'alors, où il s'étonne de voir son poste (et son salaire donc) réduit à celui de simple éclairagiste ! La télévision réduit tout, aurait dit Jean-Luc Godard, pas seulement le regard. Mais la Télévision, toutes les télévisons, ont essayé de tuer le père (le cinéma) dès qu'ils avaient cru posséder le métier… Malgré cela, Tahar Hanache continua à exercer avec passion, jusqu'au dernier jour de sa vie, sans jamais goûter à la retraite.
    L'homme
    LA MACHINE À ECRIRE, COMPAGNE DU SILENCE
    Sur un plan plus personnel et vers l'âge de 58 ans, Tahar Hanache décida de penser à sa descendance. Il se maria, eut quatre filles et connut la douleur de la mort précoce de ses deux garçons. Sa fille aînée, Thouria, se souvient d'un homme qui aimait le calme dans la maison. Sa chambre préférée était son bureau et il ne se déplaçait qu'avec sa machine à écrire. Il écrivait tout le temps, même pendant les week-ends, sur sa chaise longue, lorsque la famille Benelhannache allait rendre visite aux grands-parents dans la campagne. De tout son bazar rangé avec soin dans une baraque construite dans le jardin de sa maison à Alger, Thouria a gardé un seul objet en souvenir : un vieil appareil photo à soufflet. Elle se souvient aussi d'un père qui faisait la lecture à ses filles, debout avec elles, à la manière d'un metteur en scène qui répète avec ses actrices : « Çà nous faisait rire parce que justement, lui, il demeurait très sérieux. » Elle se souvient également, (elle n'avait que 15 ans à sa mort) qu'un jour, il lui dit : « Attention ! Ne te marie jamais ! » Thouria en rit encore aujourd'hui, en compagnie de son époux Djamel et de leurs enfants. Encore un signe : Djamel, en plus de son métier, a fait partie des premiers plongeurs bénévoles qui ont dessiné la topographie des profondeurs des 1200 kilomètres de la côte algérienne. Y a-t-il des hasards dans la vie ? Il faudrait décrypter le mot étrange de « rosebud » du géant Orson Welles à la fin de son film-culte, Citizen Kane. Tahar Benelhannache est mort le 1er août 1972 d'une brève maladie à l'hôpital de Médéa et fut enterré au cimetière d'El Alia à Alger. Pourquoi Médéa ? « Parce qu'il y avait des médecins chinois ». Déjà ? Sacré Monsieur Tahar Hanache, toujours en avance !

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