• La Cinémathèque d?Alger, de son âge d?or aux années du déclin

    28/11/2012

    La Cinémathèque d’Alger, de son âge d’or aux années du déclin

    Le nouveau directeur Lyes Semiane part à la reconquête du public algérien

    IndustrieAlgérie

    La Cinémathèque d’Alger, de son âge d’or aux années du déclin

    En octobre dernier, Lyes Semiane est devenu le nouveau directeur de la Cinémathèque algérienne. Une bâtisse qui brilla de mille feux dans les années 60 et 70, et perdit une certaine renommée due à de nombreux facteurs dont un public absent et surtout un manque de subvention étatique.

    Quels sont les objectifs de Semiane face un tel chantier et que s’est-il passé pour que ce haut lieu phare du cinéma soit tombé en désuétude? El Watan Week-end a fait le point, tout en dressant l’histoire de la cinémathèque depuis sa fondation dans les années soixante.

    Aujourd’hui, l’endroit est tout sauf lugubre. La Cinémathèque fut rénovée entre 2009 et fin décembre 2010. Des films y sont projetés. Et pourtant, n’a-t-on pas vu pendant 18 jours, en juin dernier, les deux mêmes films que sont Omar m’a tuer de Roschdy Zem et Combien tu m’aimes de Fatma Zohra Zamoum, programmés, à 13h30 et 17h, les deux seules séances journalières? Problème lié à la programmation ou tout simplement à de faibles subventions?

    Histoire

    Il faut savoir que la Cinémathèque d’Alger, ce fut d’abord Jean-Michel Arnold et Ahmed Hocine, créée sous la «bénédiction» du Père Henri Langlois en 1964.

    En ce temps-là, l’étudiant Luc Chaullet, alias Omar Zélig, qui allait travailler bien plus tard à la Radio Alger Chaîne III, se souvient d’un endroit qui «permit à des milliers d’étudiants de se familiariser avec Jean Luc Godard, Orson Welles, Federico Felliniou les premiers films de Wim Wenders, de Souleymane Cissé, Jean Rouch ou Désiré Ecaré, avec débats obligatoires et réflexions sans fin sur notre africanitude, notre arabitude et l’avenir radieux qui attendait sans aucun doute les peuples de ce que l’on appelait encore le tiers monde».

    Fin des années 70, ce sera Boudjemaâ Karèche qui reprendra le flambeau, disséminant ici et là sa passion incommensurable pour le cinéma, pour l’échange. Après que les seventies aient tiré leur révérence, une nouvelle ère arrivait, sonnant le déclin de la Cinémathèque. Que s’est-il passé ? Chute du prix du baril de pétrole au milieu des années 80, puis très logiquement, une nette baisse de la production nationale qui se dessinait sur les contours d’une société qui sombrait progressivement vers un 1988 rageur.

    Ensuite, vint la montée du FIS puis la guerre civile, et entre les deux, l’arrêt officiel de l’investissement étatique dans le milieu cinématographique algérien. Cela n’empêchera pas Karèche d’obliger l’ouverture de toutes les salles des cinémathèques du territoire, car le cinéma devait «résister».  Nous sommes en 2012. Karèche se fit raccompagner manu militari vers la sortie.

    Patrimoine

    Pour Ahmed Bedjaoui, producteur et animateur d’une émission de cinéma dans les années 70 et 80 (Télécinéclub), « les décisions de nationalisation de l’exploitation puis de la distribution ont sonné comme une mort annoncée pour le cinéma en général, même si elles ont permis indirectement de doter la Cinémathèque algérienne de milliers de copies récupérées les premières années sur les stocks des sociétés étrangères de distribution de films. Lorsque les salles se sont mises à fermer, la Cinémathèque a été contrainte de récupérer un grand nombre de salles et a effectivement permis au cinéma de survivre. Les gens qui l’ont fait ont beaucoup de mérite, même si l’envers de la médaille a été une surexploitation des copies du stock d’archives ».

    Le patrimoine, effectivement, est devenu au fil des ans l’un des problèmes majeurs de la Cinémathèque.

    « Il y a eu, ces dernières années, un véritable travail de recensement des films archivés et d’audit sur l’état des copies ainsi que sur les conditions de stockage. Je pense qu’il y a des lacunes. En tout cas, tu dois trouver 10 à 15 000 copies sur les 30 000 du patrimoine », explique le réalisateur et acteur Aziz Boukrouni

    Subventions

    « Mais sur les 15 000 copies » ajoute-il, « certaines, j’en suis persuadé, ne peuvent pas être projetées. Nous n’avons pas pris en considération de l’avancée des outils technologies, de l’avenir du cinéma. » Pour couronner le tout, Boukrouni lâche : « En 2009, j’ai rédigé un programme.J’ai essayé de faire revivre le festival de courts-métrages dont la première édition date de la fin des années 80. Je voulais faire organiser des cours théoriques sur le scénario, le jeu et le montage. Je voulais initier les relations entre le théâtre et le cinéma. Je voulais créer des discussions. Le programme d’action a été accepté par le ministère de la Culture. Une enveloppe avait été distribuée. Mais coup de théâtre ! Le directeur de la Cinémathèque de l’époque refuse. Le ministère suit. Ma conclusion est que si aujourd’hui la Cinémathèque manque d’animation, c’est dû en partie à une absence de volonté politique. Je suis là pour penser et faire avancer le cinéma dans mon pays, et non faire de la politique.»

    Perspectives

    Le problème majeur serait tout simplement lié à une absence totale d’investissement étatique d’où des « peaux de chagrin » en guise de subventions. Pour le savoir, il faut en parler avec le nouveau directeur de la Cinémathèque, Lyes Semiane. Prendre le pouls de la situation.

    Semiane veut absolument motiver le public à venir à la Cinémathèque et a beaucoup d’idées. Malheureusement, le budget alloué par le ministère de la Culture pour la Cinémathèque ne suffit pas à concrétiser de véritables quotidiens de cinéma. Aujourd’hui, il est quasiment impossible d’organiser un cycle d’un cinéaste contemporain, tant les frais seraient démesurés face au budget de la Cinémathèque.

    Deux questions se posent en guise de conclusion : combien de temps Semiane restera-t-il à la direction de la Cinémathèque et surtout va-t-il faire évoluer la situation avec un budget aussi discutable ? Aux dires de certaines personnes, il est difficile de voir le bout du tunnel. Ne reste finalement que cette phrase de Serge Daney, critique de cinéma français, qui clamait que « le plus beau film algérien était la Cinémathèque algérienne ». Serait-elle devenue son plus mauvais film ?

    Source : El Watan

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  • Commentaires

    1
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