<h51 style="margin: 0px 0px 4px; padding: 0px; font-size: 1.1em; font-family: Verdana, sans-serif; color: rgb(164, 164, 160);">LE CINEMA ALGERIEN A VAU-L’EAU </h51>


Grandeur et décadence du 7e art
A la veille du 20 août, date essentielle dans l’histoire du pays, la télévision nationale nous gratifia du même film que l’année précédente et celles d’avant.

Nous revîmes alors le fameux «Patrouille à l’Est» au point d’en apprendre les moindres séquences, et c’est alors qu’une immense lassitude s’empara de nous. Sous d’autres cieux, et régulièrement, la Deuxième Guerre mondiale demeure un sujet inépuisable de fictions toutes plus perfectionnées les unes que les autres, et des chaînes comme Arte et France Télévisions nous abreuvent constamment de films sur la résistance. Chez nous, la guerre de Libération, source intarissable d’inspiration, a donné quelques valeureux longs métrages lors de la période dorée du cinéma algérien, et puis plus rien, hormis un Mostepha Ben Boulaïd très controversé. Ce qui fait qu’à ce jour, nous vivons sur la dizaine de films produits la plupart lors des deux décennies qui ont succédé à l’indépendance. De «La bataille d’Alger» à «Chronique des années de braise » en passant par «La nuit a peur du soleil» et « L’opium et le bâton», la production nationale a depuis longuement périclité, comme si le sujet avait été épuisé et qu’on avait alors tout dit sur la Révolution. Pourtant, Dieu seul sait que ce ne sont pas les histoires qui manquent ni les angles d’attaque, mais une réelle volonté de relancer un cinéma qui connut ses lettres d’or. A un moment, on décida même de passer du thème de la guerre de libération, jugeant sans doute que le sujet était épuisé, au film «agraire» qui s’inscrivait dans la conjoncture de l’époque et qui donna d’excellentes fictions comme «Les déracinés», «Noua» et l’inoubliable «Le charbonnier». Puis s’opéra une rupture qui donna un nouveau genre largement inspiré du néoréalisme italien. Ce sera Merzak Allouache qui sera le porte-drapeau de cette série qui, hélas, s’essoufflera vite après avoir donné au cinéma algérien ses lettres de noblesse comme le mythique « Omar Gatlato». Et puis plus rien. Il est cependant utile de rappeler que la période tragique des années quatre-vingt-dix a constitué un frein à la production cinématographique, mais le blocage, l’inertie sont à mettre surtout sur le compte d’institutions plus versées dans le clinquant et la culture festivalière que la volonté réelle de développer un cinéma devenu moribond. Paradoxalement, la production littéraire connut un développement prodigieux en cette période, ce qui devait donner le prétexte à de nombreuses adaptations. Mais rien n’y fit. Le cinéma n’eut de cesse d’entamer sa descente aux enfers, et aujourd’hui, nous avons droit à des productions télévisuelles insipides destinées à meubler les soirées du Ramadhan comme si le reste de l’année on était dispensés de films et d’humour. D’ailleurs, dans ces mièvres sketches, point d’humour chez ces acteurs visiblement en manque d’inspiration, obligés de reprendre les mêmes figures de style usés et désuets. Suprême offense à l’intelligence du téléspectateur, les mêmes comédiens sont retrouvés dans les spots publicitaires vantant une marque de flan, de téléphonie mobile ou de couscous… Cela dénote, n’est-ce pas, de la recherche exclusive du cachet chez des artistes plus préoccupés par de substantielles rémunérations que par la pratique d’un métier connu justement pour être fâché avec l’argent. Les artistes sont devenus des faire-valoir d’autorités soucieuses de les honorer pour se disculper de l’inaction culturelle. Amar Laskri, qui se bat pour la réhabilitation du cinéma, s’est vu offrir… un burnous par l’APC de Sidi M’hamed ! D’autres figures du septième art ont reçu comme cadeau un pèlerinage aux Lieux saints… Pendant ce temps, les salles de cinéma ferment l’une après l’autre et les rares espaces qui restent font l’objet de longues et éternelles réfections. Il y a même des salles qui ont été données en gérance à des privés qui ont font des… salles de fête ! La zorna au lieu et place du ronronnement régulier du 35 mm, quelle décadence !

Neyla Belhadi

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