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2ES JOURNÉES DU FILM MÉDITERRANÉEN À RIAD EL FETH

Des larmes et des châteaux de cartes!
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Des larmes et des châteaux de cartes!

La seconde épouse et histoire de secondes sont les deux films projetés lundi, l'un turc et l'autre libanais qui ont accroché l'assistance, bien que peu nombreuse malgré la gratuité des séances.

«Un être vous manque et tout est dépeuplé». Un aphorisme qui peut parfaitement coller aux deux longs métrages présentés dans le courant de l'après-midi de lundi dernier à la salle Ibn Zeydoun dans le cadre des Journées du film méditerranéen. Comme la machine est l'être humain et par extenso, la société, quand un de ses éléments vient à s'abîmer, c'est tout le système qui perd la tête et se dérègle! Tout peut s'effondrer comme un château de cartes, l'un entraînant l'autre dans la boue, dans un indubitable destin tragique.
Dans le film turc, La seconde épouse, du réalisateur Mut Dag, l'histoire se passe en Autriche, une famille conservatrice turque décide de respecter les dernières volontés d'une mère atteinte du cancer. La mère nourricière et protectrice sur laquelle repose tout le socle de la famille et les valeurs séculaires de la tribu. Mais cette dernière saura-t-elle bien écouter les autres quand ils auront besoin de ses conseils? A-t-elle toujours raison? Eprouvée physiquement et se sachant mourante, elle demande à son époux de prendre une seconde épouse qu'on mariera sur le papier à son fils dont elle devine son penchant homosexuel. Ainsi, on évitera d'être au-dessus de la loi, l'Autriche ne reconnaissant pas la polygamie.
Et voilà cette jeune et tendre épouse venue de son village qui débarque comme une parfaite étrangère au sein de cette famille. Ayse ne tardera pas à avoir un enfant. Pendant qu'elle apprend à gagner la confiance de ses belles-soeurs, coup de théâtre, c'est le père qui vient à décéder. Que faire? La gentille épouse décide d'aider à subvenir aux besoins de la famille en travaillant dans l'épicerie du coin où elle finit par s'amouracher d'un de ses collègues après avoir découvert le pot aux roses sur le fils aîné, elle qui commençait pourtant à tomber amoureuse de lui, après la mort de son mari.
Se sentant enfin femme, Ayse qui souffre de solitude respire enfin quand son statut social et moral la rattrape. Elle est découverte en flagrant délit avec ce garçon et rouée immédiatement de coups par cette mère qui avait pourtant préféré sa jeune rivale à ses filles. Elle trouvait en elle une aide précieuse sur qui compter pour s'occuper de la maison et des enfants. Pourvue d'éducation stricte et rigide, la mère interdira à sa grande fille de dire quoi que ce soit sur son mari qui la bat. Elle avait même encouragé ce mariage. Ses décisions s'avèrent au bout du compte lourdes de conséquences dramatiques sur sa famille. Dans ce long métrage à la mise en scène iranienne, car bien nuancée par ses tableaux fortement psychologiques, le réalisateur parvient à dépeindre une galerie de personnages tout aussi différents pour en faire une belle saga familiale qui finit par se réconcilier, par s'entre-déchirer. Moralité de l'histoire, il faut savoir dire non et se rebeller pour atteindre l'émancipation. Celui de la femme est un chemin semé d'embûches dans les sociétés musulmanes dites conservatrices, vivant âcrement le poids des tabous surtout quand il s'agit du carcan communautariste.
Dans ce film, hélas, la fille est souvent soumise et contrainte au silence et à l'obéissance ployée sous le poids de traditions féroces. Le réalisateur réussit néanmoins à ne pas trop tomber dans le cliché larmoyant, bien que, presque à deux doigts, d'y arriver...Le second film projeté démontre encore plus sournoisement cette concordance des destins qui mènent l'homme à agir et interagir consciemment ou indirectement dans la vie de l'Autre d'une façon ou d'une autre. Dans ce long métrage fiction que la réalisatrice n'a pas voulu qu'il soit «représentatif de la société libanaise» trois protagonistes qui viennent d'horizons différents et de classes sociales vont se croiser dans les rues animées de leur capitale Beyrouth sans jamais se rencontrer. Lara Saba soulignera, lors du débat, à juste titre: «Je voulais mettre en lumière la ville de Beyrtouh à travers ce microsome humain en y analysant son ADN et voir ce que l'autre veut, sinon ça ne va pas y aller. Le jour où on se souciera de nos enfants bien plus qu'on se haïssent, ce jour-là on pourra vivre».
Aussi, la réalisatrice a choisi trois personnages qui n'ont rien de commun, si ce n'est le tragique destin que l'un va provoquer..Blind Intersections ou l'histoire de secondes où tout peut basculer. Le film débute par une scène d'accident de voiture. Les parents de Nour décèdent. La jeune fille est obligée de subvenir aux besoins de sa grand-mère, la seule qui lui reste de sa famille. Fort heureusement, il y a sa tante qui l'aide. Nour correspond plutôt à la classe moyenne.
A côté, il y a le petit garçon Merwan, victime de pédophilie, enfant d'une mère alcoolique et prostituée qui décide de fuir cette misère en s'associant à une bande de malfaiteurs, voleurs de sacs. Enfin, il y a Hindia, femme aisée qui tente désespérément de tomber enceinte jusqu'au jour où elle réussit. Un jour, alors qu'elle se rend dans sa voiture elle est attaquée par un jeune garçon. Sous le choc, elle est admise à l'hôpital. Son mari prend sa voiture à toute allure pour aller rejoindre sa femme à l'hôpital....
Derrière ce triangle infernal, il y a tout le côté suggestif de la société avec ses hauts et ses bas, son luxe et ses bas-fonds, ses joies et ses peines que Lara Saba parvient à refléter avec brio.
Une histoire qui peut ennuyer par ses digressions frivoles, si ce n'est la force du scénario qui parvient à remonter le puzzle de l'histoire pour la rendre accrocheuse et de décrypter ainsi la source de la douleur. Lara réussit à dépeindre un Beyrouth en dérive tout en objectivité, mais avec une audace qui est loin d'être fortuite.
A travers le portrait de ces trois personnages distincts, c'est toute la dislocation de la société libanaise malade par son indifférence et son opulence égocentrique qu'elle tend à dénoncer dans ce film, en mettant l'accent sur une certaine tranche de la société. Une qui vit aisément sans voir les autres, ces malheureux qui se piquent et volent pour survivre et enfin ce noyau mitigé de la classe moyenne qui tend à disparaître peu à peu.
Avec un rythme soutenu et un bon jeu d'acteur, notamment celui du jeune garçon des plus désarmants, Lara Saba réussit à nous toucher avec son écriture cinématographique bien ficelée. Sa particularité réside dans sa combinaison de montage de ces vies qui s'émiettent avec le temps ou se décomposent avec l'Autre, ou sans l'Autre.

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