• Votez «non» à la dictature !

    NO, DU CHILIEN PABLO LARRAIN, PROJETé à ALGER

    Votez «non» à la dictature !

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    le 26.12.13 | 10h00

     

     

    No, du chilien Pablo Larrain, revient sur une période sensible de l’histoire contemporaine du Chili.

    En 1988, le Chili découvrait les fours à micro-ondes et les planches à roulettes. Le pays venait de passer une décennie noire faite de tortures massives, de disparitions forcées, de détentions à large échelle et de mensonges. La dictature d’Augusto Pinochet faisait du pays ce qu’elle voulait depuis le coup d’Etat militaire contre le président socialiste, Salvador Allende, en septembre 1973. Pinochet ne laissait aucune chance aux opposants d’exprimer leurs points de vue, pas de contestation. Mais, la situation internationale commençait à changer au milieu des années 1980. Un vent de liberté soufflait déjà sur les pays du bloc soviétique et les Etats africains étaient déjà traversés par des mouvements populaires de colère. Pour faire taire les critiques internationales, Pinochet décidait d’organiser un référendum pour se maintenir au pouvoir ou partir. La Constitution prévoyait déjà la fin de «la période de transition» en 1989.

    Le 5 septembre 1988 commençait la campagne électorale pour le référendum. A partir de la pièce d’Antonio Skarmeta, El plebiscito, Pablo Larrain a construit le film No, projeté à la salle El Mougar à l’occasion du 4e Festival international du cinéma d’Alger (FICA) qui s’achève ce soir. No est réalisé sous format 1.37, celui qu’utilise la télévision. La raison en est simple : le film revient sur le climat qui a duré pendant la campagne pour le référendum.  La Concertación de Partidos por el No, qui regroupait 16 partis hostiles au maintien de Pinochet au pouvoir, avait fait appel à René Saavedra (Gael Garcia Bernal), jeune publicitaire aux idées non conformes, pour construire la campagne du «Non». L’opposition était autorisée à s’exprimer pour la première fois à la télévision. Chaque jour, elle avait droit à 15 minutes d’antenne pour persuader les Chiliens de voter pour le départ du dictateur de Santiago. René trouvait une idée géniale : accompagner le «No» avec les couleurs de l’arc-en-ciel et bâtir la campagne sur le concept «du retour de la joie».

    Pas de rappels des crimes du Pinochet, pas de jérémiades, pas de cris, pas de pleur… Rien que de la gaieté. Les personnages de sa campagne sont souriants, ravis…Ils dansent, chantent, sont vivants. Pour René, véhiculer des images optimistes est le seul moyen de convaincre les indécis, neutraliser la peur des jeunes gens et bousculer les convictions des personnes âgées. Pablo Larrain montre avec finesse les réactions de l’autre camp, les partisans du «Si» (oui), désarçonnés quelque peu par la campagne positive du «No». Le directeur de l’agence qui employait René était consultant des partisans de Pinochet. Il leur soufflait l’idée de ridiculiser la campagne des adversaires. En vain. Le jeune publicitaire avait fait appel aux techniques psychologiques du marketing visuel avec un choix étudié des couleurs, des mots et des expressions musicales. Une réussite ! Au soir du 5 octobre 1988, le «No» emportait haut la main à 55% le référendum et la dictature de Pinochet était battue, humiliée. La Concertación de Partidos por el No évoluait en coalition pour la démocratie et Patricio Aylwin de la démocratie chrétienne sera élu, une année après, président du Chili.

    Filmé avec une caméra EC 35 Ikegami, No donne l’impression d’être un film fait pour la télévision avec des couleurs moins saturées et une forme carrée pour l’image. Pablo Larrain a voulu se mettre dans l’ambiance technologique de la fin des années 1980. Comme la fiction est également composée des actualités filmées de l’époque, il a opté pour ce format pour éviter le décalage et donner une densité réaliste à son récit cinématographique. Les images sont au cœur de son propos puisqu’il est question de campagne publicitaire télévisée. La fiction disparaît presque au milieu des archives sans s’y perdre. C’est délicat sur le plan artistique, mais c’est exactement ce qu’il fallait faire pour élaborer un film restituant une partie de l’histoire politique d’un pays. Le choix esthétique de Pablo Larrain a donné une crédibilité  à No, un film présenté à la Quinzaine des réalisateurs au festival de Cannes et au festival de Sundance. 
     

    Fayçal Métaoui
    « «L?esprit de 45» du britannique Ken LoachLE MARTYRE DES SEPT MOINES DE TIBHIRINE?, DE MALIK AÏT AOUDIA ET SÉVERINE LABAT »
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