• Salah Teskouk, acteur de cinéma, figurant de la vie

    Culture : HOMMAGE
    Salah Teskouk, acteur de cinéma, figurant de la vie

    Par Ahmed Halli
    Salah Teskouk est mort la semaine dernière à Paris, aussi discrètement qu'il a vécu, quasiment oublié, mais jamais amnésique, ni oublieux de ce qu'il devait à son art. Il y a peu de personnes qui porteront le deuil de ce solitaire, par résignation, mais ses amis qui l'ont égaré, quelque part en chemin, doivent en sentir la perte.


    Salah Teskouk sera enterré mercredi à Bobigny, dans le cimetière musulman, situé derrière l'hôpital franco-musulman, là où reposent ses deux parents. Pour mémoire, le père de Salah n'est autre que le premier muezzin de la Mosquée de Paris. C'est lui qui lança le premier appel à la prière, à partir de l'édifice religieux inauguré en 1926 à Paris. C'est à Paris qu'est né Salah Teskouk en 1935, et où il a grandi à l'ombre du minaret où son père officiait. Ce n'est pas tous les jours qu'on voit un fils de muezzin, fût-il au cœur de la capitale, appelée au début du 20e siècle «pays des djinns et des anges», choisir la danse. Sa taille et sa souplesse le prédestinaient naturellement à la danse, et il s'y consacrera corps et âme, jusqu'au déclenchement du 1er Novembre 1954. Il met sa carrière de danseur entre parenthèses : «Je ne peux pas danser pendant que les gens crèvent. J'étais plus que sympathisant de la libération de l’Algérie.» Comme il ne pouvait pas dissocier l'art de la politique, il se tourne vers le théâtre, et s'inscrit aux cours privés du «Petit Marigny». C'est durant ce cursus qu'il rencontre Jean-Marie Serreau, qui le premier lui donnera sa chance. Il est tour à tour comédien, assistant réalisateur, et réalisateur lui-même, après avoir collaboré avec des grands comme Antoine Vitez et Ariane Mnouchkine. Après l'indépendance, il fait quelques incursions au cinéma, mais il est boudé par le 7ème art, ou plutôt par ceux qui en tiennent les rênes. Il continue de travailler au théâtre, et en particulier avec le regretté Mohamed Boudia, lorsque celui-ci deviendra directeur du Théâtre de l'Ouest parisien, ainsi qu'avec Patrice Chéreau et Didier. Durant quelques années, Salah Teskouk retourne en Algérie, pour participer à la troupe théâtrale créée par la Sonatrach, du temps où celle-ci n'était pas abonnée aux prétoires. Comme toutes les bonnes choses ont une fin, et à plus forte raison en Algérie, il regagne sa ville natale. Entre deux théâtres, Salah joue quelques petits rôles de travailleur immigré au cinéma (il apparaît notamment dans l'Autre France, de Ghalem). Puis, c'est Alain Corneau qui lui donnera le «clap» décisif en le prenant sur le tournage de Fort Sagane, tiré du roman éponyme de Louis Gardel, avec Gérard Depardieu, Philippe Noiret et Catherine Deneuve. Comme l'action du film se déroule au fin fond du Sahara, il fallait bien quelques figures de l'humanité locale, pour faire plus réaliste. Pour Salah, en tout cas, c'est le vrai début d'une carrière cinématographique qu'il mènera avec constance et régularité, sans jamais renoncer au théâtre, bien sûr. Il tournera alors avec une certaine régularité plus d'une trentaine de longs métrages de fiction, notamment avec Henri Verneuil, Gérard Blain, Alexandre Arcady. Sa dernière apparition remonte à 2011, dans le téléfilm, Pour Djamila, que Caroline Huppert a consacré à l'héroïne de la guerre de Libération, Djamila Boupacha. Puis c'est l'éclipse, décidée par lui, et entérinée par ses amis qui l'ont perdu de vue, comme on dit, et qui doivent sentir le poids tardif des regrets. Acteur consacré et reconnu au cinéma, Salah Teskouk a fini en figurant dans la vie réelle. Pas une ligne, pas un entrefilet dans la presse ou sur la toile, pour dire sa disparition, à défaut d'une oraison funèbre. Une vraie oraison funèbre et surtout pas un de ces textes qui envahissent votre tombe, sans même le goût de pissenlit, et jusqu'à asphyxier le peu de dignité et d'orgueil qui vous restait. Au demeurant, le pire mal posthume qu'on puisse vous faire, c'est un coup de ces Bossuet en herbe qui s'emparent avec allégresse de votre mort, pour en faire une O.P.S (Offre publique de services). Imaginez alors l'infernale cruauté d'une notice nécrologique rédigée par l'un de ces folliculaires qui ne font que des dégâts lorsqu'on commet l'erreur de leur laisser, en même temps, du papier et un stylo. Et ça, ce n'est pas moi qui le dis, c'est notre défunt confrère, Belkacem Sobhi, qui recommandait vivement, à propos de certains confrères, de leur donner, soit un stylo, soit du papier, mais jamais les deux simultanément. Et si j'ai cité notre ami Belkacem Sobhi, c'est que je crois avoir perçu une certaine fraternité et une certaine ressemblance dans la tragédie, entre lui et Salah Teskouk… Regrets et contrition. A.H.
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