• Saïd, un sacré farceur et un comédien consacré

    LE DÉFUNT MOHAMED HILMI ÉVOQUAIT SON FRÈRE ET AMI SAÏD, QUI VENAIT DE DÉCÉDER, EN AOÛT 2021

    Saïd, un sacré farceur et un comédien consacré

     

     

    Mohamed Hilmi, du haut de ses 92 ans, a toujours le même bagout, le même entrain. Avec ses yeux vifs, il ne rate rien de la vie qui se déroule devant lui. N’ayant pas encore fait le deuil de son frère, il a tenu, néanmoins, à apporter un témoignage sur Saïd, son frère et partenaire.

    Saïd a suivi sa scolarité à l’école Sarouy et dès qu’il sortait, il prenait la direction de l’Opéra d’Alger où travaillait déjà Mohamed. Un jour, Mahiedine Bachtarzi cherchait un enfant pour un rôle dans la pièce Mounira. Saïd lui a tapé dans l’œil et c’est ainsi que le petit farceur allait monter sur les planches pour la première fois. C’était en 1962. Mais la radio, il la connaît puisqu’il participait à l’émission enfantine depuis 1953. Libéré du service militaire, il y revient pour tenir des rôles plus importants dans plus de 200 pièces radiophoniques, dont la plupart sont l’œuvre de Mohamed ou adaptées en kabyle, notamment le célèbre roman d’Alexandre Dumas, La Dame aux camélias.

    À l’indépendance, le théâtre municipal devient le TNA, et la radio, la RTA. C’est le début d’une autre aventure avec Mahiedine Bachtarzi, Skandrani comme chef d’orchestre, ainsi que Mahboub Bati que Mohamed a beaucoup fréquenté. Au lendemain de l’indépendance, des tournées à travers le pays sont organisées et Mohamed s’occupait de la musique. Il en garde encore des souvenirs, dont celui-ci : “Lors de cette tournée, un jour le colonel Mohand Oulhadj a souhaité me rencontrer. J’ai été le voir avec Saïd, c’était en avril 1962. Il me fixa droit dans les yeux et me dit : les armes, c’est fini, c’est à la plume de prendre le relais.” Elle le prit puisqu’en un temps record, Mohamed écrit en kabyle Le souvenir de la guerre.

    Depuis l’âge de 12 ans, Saïd a été pris en charge par Mohamed et les deux frères sont devenus inséparables ; d’ailleurs, ils ont pris le nom d’artiste Hilmi presque en même temps. Mohamed s’en souvient. “C’était le 29 décembre 1949. J’avais 18 ans et je prenais un café avec Rédha Fallaki, à la salle Ibn Khaldoun. Ce dernier me suggéra de prendre un nom d’artiste. Je lui ai répondu que c’était mon rêve (hilmi). En riant, il me dit : Hilmi, ce nom te va bien.” Une année après, Saïd l’adoptait aussi.

    Mohamed a toujours accompagné Saïd. Il lui a créé des personnages comme “Saïd voud kouvache”, “Kazouini” avec la grande Saboundji. Les films où il a joué sont nombreux, comme L’après-pétrole, HichbaTnache, El Ouelf Shib et il a côtoyé le gotha des artistes algériens comme Agoumi, Sonia, Benguetaf, Djamila, Medjoubi, entre autres. Mohamed se dit satisfait d’avoir accompagné son frère et partenaire durant des décennies.

     

    Par : Abrous outsiders

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