• Roger Hanin - Je suis consterne par ce qui se passe en Algerie

    Roger Hanin - Je suis consterne par ce qui se passe en Algerie

     

    Roger Hanin : « Je suis consterné par ce qui se passe en Algérie »

    TV mondiale : Où en est la série de Maître Da Costa ?

    Roger Hanin : Quatre épisodes ont déjà été diffusés et ils ont tous réalisé des scores d'audience suffisamment importants pour justifier la poursuite de la série. Mais comme je joue également Navarro, il est difficile, vis-à-vis de TFI, de continuer de mener deux personnages récurrents. J'ai tout de même tourné trois nouveaux épisodes de Da Costa, qui seront projetés « en rafale ». Si l'audience est à nouveau au rendez-vous, je tournerai, peut-être, une fois bouclée la série des Navarro, une nouvelle série de six épisodes, à raison de trois ou quatre seulement par an. Cela me permettra de me consacrer à l'écriture et de mener « suavement » ma vie. 

    Vous venez de finir le tournage de La femme du boulanger de Marcel Pagnol. N'était-il pas trop difficile de reprendre un rôle déjà tenu par Raimu ? 

    Je n'ai pas repris le rôle de Raimu ; j'ai joué le rôle du boulanger. Raimu l'a fait dans le passé, je le fais aujourd'hui. Après Gérard Philippe, on a bien continué à jouer le Cid ... 
    Ce rôle est le plus beau de ma vie, le moment le plus plaisant de ma carrière : vous vérifierez en voyant le film ! Et puis, Raimu ne devait pas « assassiner » Pagnol. Je m'explique : refuser de porter une nouvelle fois à l'écran La femme du boulanger équivaudrait à condamner Pagnol au cinéma en noir et blanc. C'est une oeuvre absolument unique, totalement inspirée et qui m'a permis de redécouvrir tout le génie littéraire de Marcel Pagnol. 

    Vous avez déclaré que votre carrière de réalisateur prendrait fin après le film Soleil. Maintenez-vous cette décision ? 

    Je pense que je vais m'y tenir. Non pas pour pouvoir dire : « Je l'ai dit, donc je le fais », mais parce que ce film m'a tout simplement permis d'exprimer tout ce qui compte le plus pour moi : j'ai parlé de mon père, de ma mère, de mon enfance, de ma famille, de mes origines, de la pauvreté, du racisme, de mes opinions politiques ... Tout est dans ce film. Qu'est-ce que je pourrais bien dire d'autre après cela ? Après Soleil, après avoir tourné avec une dame de la trempe de Sophia Loren, je ne vois pas ... 

     
    Trailer du film franco-germano-italien " Soleil " de Roger Hanin avec Sophia Loren (1997). 

    Il est dificile de parler de vous sans évoquer vos origines. Vous êtes né à Alger de parents d'origine juive algérienne. Vous sentez-vous « pied-noir », Français d'origine algérienne, Français tout simplement, Juif algérien ... ? 

    Si on me donnait le choix, je répondrais : tout cela à la fois. Mais s'il me fallait donner qu'une seule réponse, je dirais que je suis un Juif algérien de culture française. Si l'histoire que m'a racontée un jour un ancien responsable algérien est vraie, les Juifs sont arrivés en Algérie avec les armées de Mahomet, au septième siècle. Ils occupaient alors les fonctions de scribes ou de médecins. Je dis toujours — même si l'Algérie actuelle ne le mérite pas — que la meilleure preuve de l'absence d'antisémitisme dans ce pays résidait dans le fait que, depuis 700, les Juifs ont toujours vécu en Algérie. Ils y ont habité pendant plus d'un millénaire, fondé dans familles et prospéré. Bien sûr, ils y ont aussi parfois connu des problèmes. Mais jamais autant qu'en Europe ... Il y a eu jusqu'à 300 000 Juifs en Algérie. Vous savez, ce sont des gens industrieux et intelligents. S'ils s'y étaient sentis persécutés, ils ne seraient jamais restés aussi longtemps. 
    Ma mère est née à Blida et mon père à Ain Beïda, dans la région de Constantine. Il parlait parfaitement arabe et, physiquement, il avait tout d'un Arabe. Cela dit, j'aime la France. C'est ici que j'ai choisi de vivre, pas en Algérie, ni en Israël ... 

    Quel regard portez-vous sur l'Algérie d'aujourd'hui ? 

    Je suis consterné par ce qu'il s'y passe, mais je me dis en même temps : « De quoi tu te mêles ? ». J'ai toujours considéré l'Algérie, le Maroc et la Tunisie — ce n'est pas un scoop ce que je vais dire — comme une entité à part, le Maghreb. Ce n'est pas le Moyen-Orient, pas l'Egypte, pas la Syrie, pas la Jordanie, ni même la Libye. Or, aujourd'hui, j'ai l'impression que l'Algérie cherche à devenir un prolongement du Moyen-Orient. Cette Algérie-là ne m'intéresse pas, je ne la connais pas du tout ! Je pense que le gouvernement algérien n'a pas le courage de dire une chose importante, à savoir que ce pays vit une guerre civile. Il y a une partie du pays qui veut vivre, disons à l'occidentale, et l'autre qui veut suivre la voie de l'intégrisme. Personnellement, je suis incapable de dire laquelle est majoritaire. 

    Quels souvenirs heureux gardez-vous de votre jeunesse ? 

    Le soleil, la mer — j'allais dire les putes—, La Casbah, la nourriture, le soleil. la joie de vivre ... 

    Le cinéma, et notamment le film coup de sirocco, a fait de vous, au début des années 80, une sorte de figure symbole de ce qu'on pourrait appeler la culture pied-noir ... 

    Vous savez, les « pieds-noirs » ne m'apprécient pas tellement. Ils m'ont aimé dans le Coup de sirocco où j'incarne un pied-noir gai, heureux, bien dans sa peau, et non pas le pleurnichard qui se lamente uu sujet de sa terre perdue ... mais lorsque j'ai dit, quelques années plus tard, que les pieds-noirs formaient les gros bataillons du front national, les choses se sont moins bien passées. On m'a traité, de salaud, etc. Après Train d'enfer, on a ajouté : « Le voilà maintenant en défenseur des Arabes ! ». Cela dit, il ne faut pas généraliser, tout comme il ne faut perdre de vue les déchirements et douleur provoqués par l'indépendance de l'Algérie. Les pieds-noirs ont connu un tel bonheur dans ce pays qu'on peut comprendre que certains en soient encore étourdis. 

    La discrimination, le racisme, vous avez connu cela vous aussi ? 

    Bien sûr. En raison de ses origines juives, mon père a été renvoyé de l'administration et j'ai moi-même été exclu de l'école. Je ne l'ai pas accepté et je suis parti. Depuis, j'ai gardé la mémoire de cette humiliation. 
    Pour moi, tous les hommes maltraités, sont « juifs » : les pédés sont « juifs », les nains sont « juifs », les Noirs sont « juifs », les Arabes sont « juifs » ... Là, je n'hésite pas à me mêler de ce qui ne me regarde pas. J'étais fier, en tant que Juif, d'avoir fait un film sur l'Arabe qui a été jeté d'un train en marche (Train d'enfer, Ndlr). Mais j'aimerais qu'un Arabe fasse un jour un film sur la vieille femme juive qui a été assassinée à Nice par des skinhead ... 

    Propos recueillis par Karim Aït-Ouméziane
    In TV mondiale / Tele-Magazine du 24 au 30 septembre 1998
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