• Lubna Azabal. Actrice :

    «J’ai adoré tourner à Alger, c’était émouvant !»

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    le 26.01.14 | 10h00 Réagissez

     
	L’actrice belge, Lubna Azabal, ( Exils, Viva L’Aldjérie, Goodbye Morocco) campe le rôle charismatique de Kheira dans le film La Marche, de  Nadir Ben Yadir.

    | © D. R.
    L’actrice belge, Lubna Azabal, ( Exils, Viva...

     

    -La Marche est un film historique pour vous...

    C’est un film essentiel. Il y a 30 ans, on tuait les Arabes et les auteurs de ces crimes écopaient au maximum de 6 mois de prison. On était dans un contexte où il y a eu a peu près 200 morts en l’espace d’un an et demi, deux ans. Donc, effectivement, il y a quelque chose de vital et d’urgent  pour ces jeunes, avec une innocence complètement folle, qui ont fait ce pari complètement fou en se disant : «On va marcher comme Ghandi !» Et puis, ils ont réussi à fédérer 100 000 personnes au final. Ce film est une piqûre de rappel qui est plus importante aujourd’hui, avec ce qui se passe en France. On insulte des ministres parce qu’ils sont noirs. C’est devenu ordinaire, banal et normal…

    -Un film actuel…

    C’est-à-dire qu’il répond avec une coïncidence assez stupéfiante et malheureuse d’ailleurs. Vous voyez, on insulte des ministres parce qu’ils sont noirs. Il y a quelque chose qui est devenu totalement décomplexé et totalement inacceptable. Parce qu’il y a une parole qui s’est libérée au niveau politique. Maintenant, on n’a pas peur de dire que ce sont les émigrés qui nous font c... ! Alors qu’il y a 30 ans, on avait cette pudeur politique.

    -C’est devenu  ordinaire…    

    C’est devenu complètement ordinaire, banal, normal ! Quand les politiques s’y mettent, comment voulez-vous que les citoyens réagissent ? Et forcément, c’est une porte qui s’ouvre à des propos. Il y a des actes totalement inadmissibles qu’on appelle du racisme, quoi ! Et cela, c’est quelque chose qui contamine toute l’Europe en ce moment. Ces alliances ! Tout cela est extrêmement vicieux et dangereux.  

    -Un nationalisme…

    Oui, voilà tout à fait ! Il y a un nationalisme qui est probablement dû à une crise économique, forcément. Quand le portefeuille va mal, c’est la faute au voisin. Et s’il a une couleur de peau plus foncée… Alors, voilà ! D’où l’importance de ce film, effectivement, maintenant. Et qui est un message d’amour et de tolérance : «On vous aime. On est Français ! Acceptez-nous ! On aime la France ! Aimez-nous !»

    -Cette fameuse marche était-elle l’ultime et unique moyen d’expression ?

    C’était soit marcher ou se venger. Mon personnage dans le film, par exemple, Kheira, entre dans une marche non violente. Mais elle est très violente à l’intérieur. Petit à petit, elle apprend à canaliser, à apprivoiser cette violence. Mais c’était soit marcher, soit mourir. Il n’y avait pas beaucoup de choix.

    -Etes-vous habitée par le personnage de Kheira  ?

    A chaque fois que j’accepte un rôle, je deviens habitée par le personnage. Oui, j’ai vécu avec pendant trois mois, jour et nuit. C’est un personnage assez loin de ce que je suis.

    -Très loin…

    Oui, oui !  Trop loin ! (rire). Je ne suis pas dans cette colère-là, en tout cas. Je me suis beaucoup inspirée du mouvement Black Panthers pour faire le film. J’ai énormément vu de documentaires avec Angela Davis. Je me suis alimentée de cela. Je suis allée chercher cette inspiration pour pouvoir amener cette violence-là. Parce que c’est aussi un mouvement qui est né dans la violence, la douleur… Kheira, quand elle arrive dans la marche, est plutôt dans cette mouvance-là. Elle n’est pas dans le côté fleur bleue.

    -Un rôle utile et pas «futile»…

    Je suis très heureuse et très fière de m’être greffée dans cette histoire et d’en faire partie. Et de mettre mon métier au service de ce genre de film (La Marche). Pouvoir allier le cinéma à l’utile. Parce que le cinéma, de temps en temps, est un acte politique. Je pense, en tant qu’artiste, qu’on se doit d’avoir des actes engagés, politiques. Malheureusement, moi, je voulais être reporter de guerre, je n’ai pas eu l’opportunité de prendre une caméra et de faire cela. Donc, j’essaie de le faire dans le cinéma.

    -Vous avez tourné plusieurs films sous la direction de Nadir Moknèche. De bons souvenirs ?

    Oui, le dernier film avec Nadir Moknèche c’était Goodbye Morocco. J’ai fait aussi Viva L’Aldjérie. Ah, oui ! c’est toujours un bon souvenir. J’adore travailler avec Nadir Moknèche. Déjà, c’est un très grand ami. C’est quelqu’un avec qui je m’entends très bien. Et on se comprend assez vite. J’adore son univers. Et puis, c’est quelqu’un qui sublime les femmes. Il y a très peu de beaux rôles féminins au cinéma. C’est un des rares réalisateurs algériens, en tout cas du Maghreb, qui arrive à faire de beaux portraits de femmes. Et à faire passer des messages qui sont importants. C’est vrai qu’on est dans le monde arabe, Nadir Moknèche renverse la donne de la condition féminine. Et il en fait des femmes fortes, belles, rebelles… Des femmes qui existent, quoi ! Que cela soit à travers un homme, je trouve ça très bien. C’est l’un des meilleurs réalisateurs que vous avez. Il est d’une finesse, d’une  intelligence ! Sincèrement, il faut le préserver ! C’est un grand cinéaste !

    -Viva l’Aldjérie à Alger était une belle aventure...

    Je suis restée deux mois à Alger pour le tournage de Viva L’Aldjérie. J’ai adoré ! C’était super ! Et je suis arrivée à Alger qui commençait tout doucement à guérir de dix années de terrorisme quand même. Les blessures étaient très ouvertes. C’était très émouvant ! Je pense qu’on faisait partie de la première équipe européenne, française à oser revenir et venir là. Et c’était très bien de le faire à ce moment-là. Le cinéma, c’est aussi cela. Insuffler de la vie, ouvrir des fenêtres, faire entrer l’air, panser les blessures… Cela a été terrible quand même.

    -Tourner dans des blockbusters, est-ce une opportunité ?

    Cela ne m’intéresse pas tant que cela. Je suis heureuse d’être dans un projet qui me parle. Tourner dans un blockbuster, c’est génial, si on a envie de s’acheter un appartement à New York (USA). Comme ce n’est pas dans mes priorités, si le scénario me plaît je prend le rôle. Qu’il soit un blockbuster ou un film d’auteur. Après, si ce n’est pas bon, je ne le fais pas.

    -Et tourner sous la direction de Ridley Scott dans Body Lies…

    Eh bien, c’est une expérience assez extraordinaire, très belle forcément ! On est dans un univers où il y a 10 caméras, je ne sais combien de chefs opérateurs, une équipe «monstre», des décors gigantesque… Leonardo DiCaprio qui vous dit bonjour tous les matins. Mais je ne suis pas en demande de cela.

    K. Smail
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  • Maha Foury, productrice audiovisuelle : « Le Web est la clé du futur »

     
     
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    Il est des destins qui ne se construisent que sur le fait du bouleversement ! Des trajectoires qui se dessinent au gré d’une passion et d’un amour inconditionnel pour un métier. Et certains n’hésitent pas à remettre en question une stabilité non négligeable pour vivre leur rêve de bout en bout. Maha Foury en est un exemple parfait ! à 30 ans, elle a choisi de virer de 360°, quitte à recommencer au bas de l’échelle. De manager au sein d’une firme internationale de téléphonie, elle passe à bénévole pour des repérages cinématographiques. Pugnace et très travailleuse, Maha Foury a gravi rapidement les échelons, pour devenir au bout de trois années sa propre patronne. Elle est aujourd’hui propriétaire d’une agence de production spécialisée dans l’audiovisuel.

    Reporters : Depuis quelques années déjà, internet a complètement modifié les conditions de création, les codes de production et le processus de diffusion, qu’est-ce qui vous a amené à choisir cet espace ?
    Maha Foury : La passion pour la photographie et l’audiovisuel ! Rien ne me prédestinait au départ à ce métier que j’aime tant. Il faut savoir que je suis issue à la base d’une formation d’interprétariat que j’ai suivie à la Faculté centrale d’Alger. Une formation qui m’a servie à évoluer pendant les cinq années où j’ai bossé chez l’opérateur de téléphonie mobile, Djezzy. Sauf qu’à 29 ans, j’ai eu comme un déclic. Un appel de fond qui remontait à la surface. Le hasard a fait que je suis tombée sur une annonce sur le réseau social Facebook. Une agence de production était à la recherche de jeunes bénévoles pour la création d’un concept cinématographique en court métrage « Alger demain ». J’ai été sélectionnée pour les repérages des sites où devaient se tourner les courts métrages. Tout de suite après, j’ai rapidement évolué pour devenir l’assistante du réalisateur, avant d’être tentée par le montage, auquel on m’a initiée sans grande difficulté, puis forcément, au final, le montage. A ce niveau-là, j’avais a ccumulé un maximum d’expérience à tous les postes d’une quelconque production audiovisuelle.

    « Djaweb Bassit » est une première expérience. Comment ça s’est passé ? Et quel enseignement en tirez-vous ?
    J’ai bossé sur « Djaweb Bassit » en plein mois de ramadan de 2011. Les premiers épisodes étaient diffusés sur la Toile. Une période propice pour un concept ! Ça a marché ! Le constat est simple, ce qui a attiré les nombreux téléspectateurs est qu’au mois de ramadan, les Algériens sont très connectés, et ce, autant la journée pour passer le temps que la nuit, en attendant l’appel du fadjr (début du jeûne). Je crois fermement que le Net est l’avenir, sachant que plus de 70% des Algériens ont entre 20 et 35 ans et la plupart de ces jeunes sont connectés sur les réseaux sociaux Facebook, Twitter, 
    Myspace, Dailymotion, Youtube… Cette tranche d’Algériens majoritaire représente l’avenir du pays, et connaissant la curiosité pertinente de ces jeunes pour tout ce qui concerne les nouvelles technologies, dont le Web en particulier, pour lequel ils se prêtent au jeu.

    Lancer un concept sur Internet, est-ce rentable actuellement ? Y a-t-il un retour sur investissement ou un amortissement des frais engagés ?
    La question du financement pose toujours une problème, et ce, quel que soit le support que vous avez choisi pour la diffusion de vos produits. Dans ce cas, évidemment, ce n’est pas évident d’amasser les fonds nécessaires pour la concrétisation de nos concepts. Dans un premier temps, vous devez commencer par récolter un maximum de vues (visionnage) afin de pouvoir espérer décrocher des sponsors. Du coup, il faut commencer par « balancer sur le Net » et ainsi prendre la température du perçu. Si le rendu s’avère positif, c’est-à-dire qu’il y a eu un grand nombre de vues ou de followers, ça sera plus facile de vendre le projet aux sponsors.

    Combien coûte un concept comme « Djaweb Bassit » ?
    Une fourchette de plus ou moins 100 000 dinars. En réalité, quel que soit le concept, le montant des frais est toujours variable selon la période, le marché et la disponibilité du matériel. Il s’agit presque toujours d’une location déterminée pour l’équipement lumière, le son, la station de montage, le personnel occasionnel (équipe réduite mais équipe tout de même), la régie, le décor, le lieu du tournage, les accessoires… Même les recherches et les travaux de préparation coûtent des sous. A l’image de la production d’un long métrage, à petite échelle pour la comparaison, il y a un scénario à adapter, un script à faire, une feuille de route à établir… Bien entendu, tous ces paramètres entrent en ligne de compte, lorsqu’on fait le choix du professionnalisme. En ce qui me concerne, c’est « Exit le boulot d’amateur » ! Après, comme pour tout, la contrainte qui se pose le plus souvent est le système de diffusion. En général, la première saison n’est presque jamais rentable en soi. Cependant, c’est ce premier jet qui va booster la vente du concept. Après ça, tu peux commencer à rentabiliser, mais il est presque toujours question d’un coup de poker. Au-delà, si tu crois en ton projet, tu sais qu’il se vendra et qu’il marchera, il faut juste trouver un concept original et spontané !

    Sur quelle base se fonde le choix de vos invités ?
    Le choix des invités se fait essentiellement sur la base des personnes qui sont les plus suivies par les jeunes dans plusieurs domaines : télévisuel, radiophonique, musical, cinématographique ou encore sportif. Certes, cela paraît comme du déjà-vu, mais je pense fondamentalement que cela dépend de l’angle sous lequel on perçoit ces personnalités. Par ailleurs, le fait que le domaine artistique soit assez restreint chez nous et qu’il nous est quasi impossible d’avoir des invités politiciens, donc les choix des invités est assez restreint.

    Vous avez un nouveau projet en cours. Un concept innovant. Une pastille de quelques minutes, pouvez-vous nous en dire davantage ?
    Effectivement, je travaille en ce moment sur un nouveau web émission. Cela dit, je préfère ne pas donner plus de détails, car je suis en plein tournage et montage, mais ce qui est certain, c’est que je reviendrai vers vous dans un mois maximum avec plus d’informations. Tout ce que je peux vous dire c’est qu’il s’agit d’un nouveau concept et ce n’est pas du tout un plagiat sur aucune émission existante ici ou bien de l’autre côté de la Méditerranée. C’est nouveau. Ça sortira bientôt. Et c’est une innovation !

    Quel regard portez-vous sur le cinéma ou la télévision sur le Web, en comparaison avec le concept traditionnel ?
    Personnellement, je fais partie d’une génération qui croit fermement que le Web est incontestablement la clé du futur. Une plateforme de communication et de marketing gratuite qui peut à son apogée atteindre un maximum de personnes en très peu de temps et à zéro coût. Ce que j’espère est que l’Algérie s’ouvre de plus en plus sur le Web, sachant que ça commence à voir la vague d’humoristes du Net entre les Zanga, Irban Irban, qui a débuté avec ces parodies de « Sidi Yaya »…

     
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  •  
    Rencontré à Azazga, Fodil Hamla, acteur d’expression kabyle, connu et reconnu, a bien voulu répondre à nos questions.  Ecoutons-le. 
     
    Mon Journal : Présentez-vous à nos lecteurs  
    Fodil Hamla : Je me nomme Fodil Hamla et suis acteur de cinéma. Je réside à Tachrouft à Azazga. 
     
    Vos débuts sur la scène artistique ?
    J’ai commencé en 1994 et j’ai tenu le rôle de Meziane, le fils de Baya, celui qui tue le bachagha qui avait tué mon père dans le film. 
     
    Avez-vous connu quand même un certain vide ? 
    Effectivement, j’ai connu un certain vide qui m’a été imposé par la conjoncture de l’époque. Nous avons vécu une décennie semée de troubles durant les années 1990, comme vous le savez. 
     
    Vous avez repris en 2003…
    On m’a fait appel en janvier 2003 pour participer au tournage de Si Moh ou M’Hend. J’ai joué le rôle de cet illustre personnage dans ce long métrage de 35mm, d’une durée d’une heure.
     
    Mais nous ne le trouvons pas sur les étals ? 
    Ce long métrage n’est pas sur le marché. Sa projection se fait uniquement dans les salles.  
     
    Autres productions ? 
    En 2003 toujours, j’ai eu droit au rôle principal dans un long métrage en langue arabe Saison close. 
     
    Est-il projeté ? 
    Oui, il l’est dans les salles et sur les chaînes de la télévision nationale. 
    Sur le marché aussi ? 
    Non, il n’est pas commercialisé. 
     
    Pourquoi ? 
    Sa mise sur le marché relève de la production. Cette dernière étant souveraine et  prend seule les décisions. 
    J’ai tenu des rôles dans plusieurs longs métrages. Le tuteur de Madame la ministre a obtenu l’Olivier d’or lors du Festival international du film amazigh qui a été organisé à Annaba en 2007. J’ai interprété le rôle du tuteur. J’ai tenu aussi un autre rôle, principal toujours, dans le feuilleton Tejra Nelouz, composé de 22 épisodes. J’étais le médecin. Ce feuilleton a occupé les soirées de Ramadhan 2011 et a été projeté à la télévision nationale. Le tournage de ce film a duré 3 mois (avril, mai et juin 2011). 
    Enfin, Achrouf Idir, ancien animateur de la chaîne kabyle, Da Mhenni ellah irahmou, Fadhela Abdeslam ainsi que beaucoup d’autres ont participé au lancement du sit.com, un feuilleton humoristique en 2011 sous le titre générique Chavane d’iramdane. J’étais aide-soignant. 
    En 2012, j’ai participé à des spots publicitaires pour les produits le flan Nouara d’Alger. J’ai joué un rôle dans 3 clips de chansons des artistes Djamal Kaloun, les frères Houri et Malik Bilili. En 2013, j’ai eu droit aussi à participer au lancement des feuilletons Ikhef leh’na et Thinifith. 
    J’ai interprété le premier rôle là aussi. Ces deux feuilletons (le premier avec 22 épisodes, le second 30) ont été projetés durant le Ramadhan 2013 sur la Chaîne TV4. 
     
    Des projets en perspective ?
    Mémoire de scène, un long métrage en langue arabe en hommage à Abdelkader Alloula tué dans un attentat qui avait visé le Théâtre régional d’Oran le 10 mars 1994. J’étais un acteur de sa troupe théâtrale. 
    En cours de réalisation, vous verrez ce film dans les salles probablement en 2014. Enfin, le tournage de ce long métrage a été réalisé à Sétif. 
     
    Votre  impression sur la situation de la culture ?
    La culture tous styles confondus reprend peu à peu et connaît un certain essor dans certaines régions du pays. 
    Quant à Azazga, je suis sidéré de constater un grand vide. J’ai eu l’occasion de lire un article publié par votre quotidien qui en faisait mention.  Je vous signale que je suis un fervent lecteur de Mon Journal et vous l’avez probablement constaté, puisque je l’ai entre les mains. 
    Pour revenir au cas de la région d’Azazga, Dahmani Belaïd et Kaci Ferhat ont fait une juste analyse de la situation culturelle.  Les responsables doivent prendre des mesures pour apporter des solutions aux artistes qui sont délaissés et livrés à eux-mêmes. «Rendez à César ce qui appartient à César» est l’appel que je lance en direction des pouvoirs publics. Quant au cas du Centre culturel, il est édifiant à plus d’un titre. 
    Des projets en cours ?
    En cours de finalisation, nous avons un long métrage de 35mm de l’épopée de Krim Belkacem. J’ai joué le rôle de ce dernier sous le nom de capitaine Rabah. Le rôle principal a été échu à Sami Allam.
     
    Un bon souvenir ? 
    Lorsque je me retrouve avec mes amis(e)s, j’en garde toujours un bon souvenir.
    Un mauvais souvenir ?
    Je ne voudrais pas m’étaler là-dessus, car je ressens toujours une profonde douleur. Il s’agit de l’accident survenu à Bouzeguen le 1er  décembre 1995 et qui a causé des pertes humaines terribles.                           
     
    Votre vœu le plus cher ? 
    Que la culture reprenne sa place. Nous, artistes, méritons plus d’égards. Beaucoup des nôtres ont payé de leur vie. Le combat qu’ils ont mené ne doit pas rester vain.  
     
    Le mot de la fin
    Je remercie votre journal pour sa richesse. Le seul reproche que je fais est Mon Journal n’est pas disponible les après-midis. Je dois me lever tôt pour le trouver (rires). 
    Il  est donc très lu. Je vous remercie pour l’attention particulière que vous attachez aux hommes de culture.
    Entretien réalisé par Rachid Yahou
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  • La caravane cinématographique «Ana Huna»

    Cinéma, femmes et inégalité économique

    Une caravane cinématographique «Ana Huna» entame à partir d’aujourd’hui une série de projections de huit courts métrages et films documentaires dans différentes régions du pays pour sensibiliser à la question de l’autonomisation économique de la femme.
    La caravane, dont le lancement a été annoncé jeudi lors d’une conférence de presse, est une composante d’un programme initié par l’agence de coopération internationale allemande pour le développement (GIZ), en collaboration avec le Credif (Centre de recherches, d’études, de documentation et d’information sur la femme) et l’association «Notre culture d’abord».
    La directrice générale du Credif, Rachida Tlili, a souligné à cet égard l’importance du partenariat entre les autorités publiques, la société civile et la coopération  internationale dans la sensibilisation et la diffusion  d’une culture pour le renforcement de l’autonomisation  économique de la femme.
    L’initiative «Ana Huna» est basée sur des films ayant  pour objectifs de motiver les hommes et les femmes en  Egypte, Jordanie, Maroc et en Tunisie à défier les inégalités dans l’économie. «Elle vise à renforcer l’autonomisation économique de la femme et la valorisation des femmes actives», a précisé la représentante de la GIZ  à Tunis, Monia Gastli.
    Huit courts métrages et films documentaires, parmi lesquels trois films tunisiens, font le portrait et  racontent le vécu de femmes actives et déterminées, dont  «Selma» de Mohammed Ben Attia, «Ennajah» de Chiraz Bouzidi  et «Une femme et demie» de Kamel Laaridh. Ces films visent  à inciter le public à participer au débat autour du  renforcement de l’autonomisation économique de la femme.
    D’autres activités sont programmées dans le cadre de la  caravane et de l’initiative «Ana Hunna», dont une session  de formation destinée aux journalistes sur l’intégration  de l’approche genre dans la couverture médiatique centrée  sur la participation économique de la femme (24-26  décembre à Tabarka) et la présentation des résultats d’une  étude réalisée par le Credif  sur «l’autonomisation  économique des femmes: l’emploi et l’entrepreneuriat»,  (18 mars à Gafsa).
    Après avoir donné une présentation de l’association «notre  culture d’abord», M. Mohamed Ben Slema a expliqué  l’importance de l’art et de la culture dans la  sensibilisation à certaines questions sociales dont  l’autonomisation économique des femmes, a-t-il dit. «Notre  objectif est de promouvoir les cultures locales et de  consolider le rôle de la culture comme vecteur de  développement durable et de réduction de la pauvreté», a-t-il encore ajouté.

    Auteur : (TAP)

    Ajouté le : 22-12-201
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  • Entretien du lundi - Noureddine Affaya, (chercheur et critique marocain)

    Le cinéma arabe, à la croisée des chemins

    Le cinéma arabe, à la croisée des chemins

     

     Auteur de plusieurs livres sur le cinéma, la pensée et la civilisation, Noureddine Affaya, ancien membre de la HACA marocaine et critique de cinéma, était parmi nous à l’occasion du colloque sur le cinéma arabe : son histoire, son avenir et son rôle dans la renaissance arabe

    Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
    Je suis professeur d’esthétique et de philosophie moderne à l’Université Mohamed-V de Rabat. Mais j’ai également présenté et dirigé des émissions culturelles  à la chaîne de télé 2M. La première s’appelait Diwan au milieu des années 90 et la deuxième Madarat de 1999 jusqu’en 2003. Par la suite, je suis devenu membre de la HACA (Haute autorité de la communication et de l’audiovisuel). Depuis 1988, j’ai publié plusieurs livres sur des thèmes philosophiques, politiques, mais aussi sur le cinéma car je suis critique de cinéma. Mes travaux de recherche se sont axés sur plusieurs thèmes tels que : «L’image de l’autre dans la pensée arabe contemporaine» ou «La perception de l’Occident dans le discours politique chez les islamistes». J’ai également réalisé des recherches sur «L’Occident imaginaire dans la pensée médiévale arabe depuis le Coran jusqu’à Ibn Khaldoun». Sur le cinéma j’ai publié un livre intitulé : Le discours cinématographique entre l’écriture et l’interprétation. J’ai récemment publié à Beyrouth un nouvel ouvrage intitulé : La démocratie inachevée : possibilités et obstacles de la lutte contre la dictature.

    Comment êtes-vous venu au cinéma malgré vos préoccupations plutôt d’ordre philosophique ?
    C’était d’abord par amour et par passion et c’est devenu par la suite une sorte de curiosité intellectuelle. On ne peut pas développer une réflexion sur ce domaine de création qu’est le cinéma sans passion et sans amour. J’ai découvert le cinéma très tôt dans ma jeunesse, et dès l’âge de 18 ans, j’ai intégré le ciné-club de Salé, une petite ville proche de Rabat. On se rendait également au ciné-club de Rabat dirigé à l’époque par le président de la Fédération des ciné-clubs lui-même qui n’était autre que Noureddine Saïl, l’actuel directeur du CCM (Centre Cinématographique Marocain). C’est en partie grâce à ce grand monsieur que j’ai appris plein de choses sur l’animation, la communication et l’art cinématographique. 

    Vous participez à ce colloque sur le cinéma arabe : son histoire, son avenir et son rôle dans la renaissance arabe qui s’est tenu du 18 au 20 décembre 2013 à Hammamet, organisé par le Centre d’Etudes de l’Unité Arabe. Parlez-nous de ce centre d’abord. 
    En fait, je n’appartiens pas au centre, mais je prends part de temps à autre à ses activités. J’ai même publié des articles dans leur revue publiée à Beyrouth. C’est à mon avis l’un des centres de recherche les plus sérieux dans le monde arabe de par ses programmes de recherche. Et pour venir aux orientations du Centre des Etudes de l’Unité Arabe, il me semble qu’il s’est ouvert ces dernières années sur de nouveaux champs de recherche liés au développement de ce que la direction du centre appelle «Le projet civilisationnel arabe». Ainsi et depuis près de deux ans, les travaux du centre se sont intéressé aux différents modes de création artistique. C’est précisément dans ce cadre que s’inscrit ce colloque à Hammamet sur le cinéma arabe. Il reste que l’intitulé du colloque aurait pu être moins ambitieux et plus réaliste. Car j’aurais aimé qu’on se contente de l’histoire du cinéma arabe et son éventuel rôle dans ce qu’on a appelé «La Renaissance arabe» au lieu de s’aventurer à scruter l’avenir d’un secteur dont on ne dispose pas suffisamment de données précises ni de vision globale sur son état actuel. Certes, il existe certaines études qui ont été réalisées dans ce sens, mais je ne crois pas que cela nous permette de répondre à une question aussi stratégique que «Où va le cinéma arabe ?»

    Comment trouvez-vous les différentes contributions présentées par les participants ?
    Malgré le niveau inégal des contributions, je crois que cette rencontre fera date dans le processus de réflexion collective sur le cinéma arabe et son rôle. Cependant, je trouve que les axes d’études choisis dans ce colloque répondent plutôt aux préoccupations des critiques de cinéma et non pas à celles des professionnels du secteur. Mais finalement j’ai constaté que beaucoup d’idées intéressantes et une grande diversité de sensibilités ont pu s’exprimer à l’occasion de ce colloque et je pense que le livre qui sortira de cette rencontre sera une référence dans la réflexion générale et collective sur le cinéma arabe.

    Votre communication a porté sur une question bien précise, à savoir la représentation de l’autre dans le cinéma arabe. Vous avez pris comme exemple deux films, un égyptien : Alexandrie pourquoi de Youssef Chahine et un tunisien : Champagne amer de Ridha Behi. Pourquoi ce choix ?
    En fait, j’ai choisi de changer l’axe proposé par les organisateurs qui portait sur un autre thème très différent «Du cinéma de la cause au cinéma de l’individu». Car je trouve que cette distinction entre « cause collective » et la question de «l’individu» est très artificielle, d’une part, et qui suppose une opposition entre les deux, d’autre part. Or, je crois que la question de l’individu est elle-même une cause importante dans la société arabe. J’ai proposé alors un nouveau titre à ma communication, à savoir : «Aspects de tension entre l’autre et le soi dans la création cinématographique arabe». Et j’ai pris comme exemple deux films de sensibilité et d’univers différents mais qui se croisent dans leur approche sur le rapport entre le soi et l’autre.

    Cela nous mène directement à une question classique qu’on ne cesse de répéter d’une rencontre à l’autre : peut-on parler d’un seul cinéma arabe ou de plusieurs cinématographies dans le monde arabe ?
    Dans le monde arabe, hormis la politique qui présente des divergences complexes et compliquées, nous pouvons, à mon sens, parler sans problème d’une culture arabe, d’un cinéma arabe et d’une littérature arabe sans courir le risque d’une schématisation réductrice. Cela n’exclut pas l’existence de certaines spécificités visibles à l’œil nu d’un pays arabe à l’autre. D’où les appellations tout à fait légitimes quand on parle de cinémas marocain, égyptien, tunisien, algérien ou syrien…

    Pensez-vous que les bouleversements politiques et sociaux appelés «Printemps arabe» auront un impact sérieux sur le cinéma arabe ?
    Ce qui s’est passé depuis 2011 est pour moi un grand événement de l’Histoire. Le renversement de plusieurs régimes politiques arabes connus pour leur mépris de l’être humain et ses droits fondamentaux représente sans aucun doute un tournant majeur dans l’Histoire de notre région. Personnellement, je me suis abstenu de me réjouir très vite dès le début des événements en 2011. Certes, j’étais content de voir certains dictateurs quitter enfin la scène politique grâce aux luttes des peuples. Mais je pressentais le coût élevé de ces changements. Un coût qui sera payé par la génération actuelle. Dans tout cela, la Tunisie représente, spécialement pour nous au Maroc, un cas particulier. La réussite de la transition tunisienne aura sans doute un impact sur le Maroc mais aussi sur l’Algérie. C’est dans ce sens que nous espérons que l’élite politique tunisienne parviendra à s’entendre sur un consensus national pour l’instauration d’une démocratie qui respecte les aspirations de la population : c’est-à-dire plus de justice sociale, les droits de la femme, le respect de l’environnement, etc. Pour répondre à votre question, il est certain que tous ces changements auront une grande influence sur la création artistique d’une façon générale et sur le cinéma en particulier. De nouveaux modes d’expression verront le jour grâce à cette jeunesse qui ne cesse de nous surprendre par sa force et sa créativité et dont certains exploits cinématographiques commencent à s’imposer dans les festivals. 

    Au cours de la dernière décennie, le cinéma marocain a connu des succès importants au point qu’il s’est érigé en modèle pour les Tunisiens et les Algériens. D’après vous, quel est le secret de cette réussite ?
    Sincèrement, il n’y a pas de secret. C’est simplement une évolution due d’une part à l’accumulation des expériences, surtout durant les années 90, et à un changement d’ère politique avec l’avènement du nouveau roi en 1999. Car, avant, le pouvoir politique défendait une culture conservatrice et traditionnelle et combattait alors toute forme d’activité culturelle, artistique et intellectuelle qui s’inscrit dans la modernité. Avec le changement politique qui a eu lieu, nous avons pu mettre en question ce que nous appelons au Maroc «les années de plomb». Il y a eu alors une relecture responsable de notre histoire. C’est dans ce cadre qu’il y a eu de nouveaux choix culturels sans qu’il y ait malheureusement un nouveau projet politique. Le cinéma a profité de ces changements pour créer une nouvelle dynamique.

    Vous avez été membre pendant sept ans de la HACA (La Haute autorité de communication et de l’audiovisuel) au Maroc qui est l’équivalent  de la HAICA (Haute autorité indépendante de communication et de l’audiovisuel) en Tunisie. Pouvez-vous nous parler de l’expérience marocaine dans le domaine de la régulation des médias ?
    L’idée d’un organisme de régulation des médias existe depuis des années au Maroc. Mais il a fallu attendre 2002 pour voter la loi stipulant la création d’une telle instance.  Cette instance ne sera fonctionnelle qu’en 2004. La HACA est un organisme qui s’inscrit dans une vision étatique globale des organismes de régulation dans les différents secteurs économiques. C’est une sorte de restructuration de l’Etat marocain. Nous avons dû commencer lentement. Au début, on ne disposait même pas d’un local. Mais on a pu quand même participer à l’élaboration des lois sur la communication et l’audiovisuel, et ce n’est qu’en 2006 qu’il y a eu la première vague d’autorisations de nouvelles radios. Malheureusement, pour des raisons politiques, nous n’avons pas pu délivrer d’autorisation pour des chaînes de télévision. Mais les nouvelles stations de radios autorisées ont permis aux Marocains de vivre et d’apprécier une certaine diversité dans le paysage médiatique. En 2009, il y a eu une deuxième vague d’autorisations mais cela ne concernait que les radios. Les télés étaient toujours exclues pour des raisons de réticences et de résistances politiques.

    Quelles sont les prérogatives dont dispose la HACA au Maroc par rapport à notre HAICA ?
    La HACA est une instance à la fois consultative et décisionnelle. Elle jouit d’une autonomie réelle vis-à-vis des autorités politiques. Ce n’est pas encore une indépendance totale, mais une autonomie suffisante pour qu’elle puisse faire son travail en toute transparence. Elle peut sanctionner les médias qui ne respectent pas les cahiers des charges. Mais elle se refusait de jouer un rôle de censure sur le contenu des programmes car nous avons voulu jouer un rôle de libéralisation et non de restriction. 
    Pour ce qui est de la HAICA tunisienne, j’étais ici en juin 2006 et nous avons rencontré à l’époque M. Kamel Labidi qui présidait la Commission de la réforme des médias.  Je lui ai dit qu’il ne fallait pas autoriser des radios ni des télés avant l’adoption d’une loi et l’installation de l’instance. Car, à mon avis, il faut avoir à sa disposition tous les moyens humains et matériels pour pouvoir faire son travail correctement. Mais il m’a semblé qu’il était déjà décidé à octroyer des autorisations sans attendre.

     

    Auteur : Entretien conduit par Mahrez KAROUI

    Ajouté le : 23-12-2013
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