• LE CORPS MANQUANT» INSTALLATION VIDÉO À L'IFA

    «LE CORPS MANQUANT» INSTALLATION VIDÉO À L'IFA

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    Une douzaine de vidéos d'art d'artistes algériens et français sont visibles jusqu'au 26 juin à l'IF d'Alger et regroupées grâce au commissaire de l'expo, Amina Zoubir.

    L'art vidéo est un médium à part dans les arts plastiques ou visuels et pas très bien exploités en Algérie. Cette idée première constitue la matrice du titre de l'exposition qui se tient actuellement au niveau de l'Institut français d'Alger et ce jusqu'au 26 juin.
    «Le corps manquant est un concept d'exposition d'art vidéo réunissant des artistes français et algériens pour aborder la question du corps en performance. Les images vidéographiques et filmiques ont rarement été rassemblées et diffusées dans un même événement à Alger, il s'agit de relever un nouvel enjeu esthétique en deçà des représentations picturales et plastiques dominantes. Dès lors, l'insertion de l'expression vidéographique dans les champs des pratiques intervient comme un principe prolifique pour la restructuration de la réflexion esthétique et l'évolution de la scène artistique en Algérie. Cette exposition d'art vidéo autour de la corporalité performative permettra d'établir une plateforme artistique où le dialogue entre les vidéos d'artistes français et algériens renforcera l'émergence de l'enjeu esthétique de l'art vidéo.» Sommes -nous d'emblée informé. En effet lorsqu'on pénètre le hall du deuxième étage de l'IFA, après avoir levé le voile au sens propre et figuré sur ces objets animés, il ne faut surtout pas se presser de faire le tour. Assis à même le sol - dommage qu'il n'y ait pas de chaise pour les patients - l'on se laisse guidé par notre émotion et sommes happés par ce foisonnement d'images qui se regardent et cherchent peut-être une certaine forme de connivence ou de complicité. Il y en a en fait.
    A la vue de ces deux petits écrans placés côte à côte, diffusant des images de soldats arabes et occidentaux en train de danser. L'on comprend derechef l'assimilation combinatoire de ces deux vidéos. le diptyque signé Stéphane Degoutin et Gwenola Wagon, intitulé Dance party in Iraq, présente de part et d'autre des soldats américains et anglais dansant dans des lieux déserts et dans des casernes, en Afghanistan et en Irak. Il y a dans cette vidéo dérangeante une sorte de clé manquante dans la façon d'introduire la danse en temps de guerre surtout lorsqu'on voit d'autres soldats arabes faisant de même. Ce qui manque? Le principal, sans doute, c'est-à-dire la paix car celle-ci, nous le savons, n'est qu'éphémère et passagère. Cette vidéo est le résultat d'un travail d'archivage remarquable entrepris entre 2011 et 2013 pour réunir les vidéos postées sur le Net par les soldats. Le costume de guerre démystifié, les soldats deviennent l'espace d'une parenthèse enchantée des êtres normaux, comme tout le monde avec leur joie de vivre des plus naïves... Après avoir accompli sa performance à la galerie Karima Celestin, à Marseille, Mustapha Sedjal nous filme le rendu de son simple exercice pictural. Il s'agit d'un détournement d'une phrase ô combien célèbre qu'il va peindre sur le mur et lui attribuer une nouvelle signification rien qu'en effaçant quelques syllabes. Et c'est ainsi que «Un seul héros le peuple,» devient «Mon père ce héros». Une façon de souligner cette mémoire de la guerre d' Algérie par le prisme de celui qui a compté dans notre vie et donné sa vie pour la libération de son pays. C'est encore individualiser cette histoire en l'humanisant davantage au lieu de résumer cette transmission dans un sac de masse humaine dépersonnalisée. Dans La perfection prend du temps de Zoulikha Bouabdellah il est question d'une femme qui danse (au Yémen) lors d'un mariage entourée d'hommes. Elle a le sourire aux lèvres. C'est une femme voilée. Il est question dans le texte accompagnant cette vidéo d'un visage fin où aucun cheveu ne vient dépasser de son voile. Une femme à l'apparence parfaite, qui rêve d'être l'épouse et la mère idéales. Et pourtant, l'on découvre qu'il existe une autre «vierge» d'une autre catégorie, qui peut être sauvage, toujours prête aux aventures et à l'infidélité mais sans qu'elle oublie la déception de son premier chagrin d'amour... La vidéo filmée au ralenti insuffle à ces images une aura surannée comme emboîtée dans un tourbillon spatio-temporel paradoxalement figé... Dans la vidéo KarKabou de Hellal Zoubir on découvre un homme qui se donne des coups sur le visage, mais aussi au niveau de la bouche et des yeux. Une parabole sur les inquiétudes et interrogations de l'artiste par rapport à son oeuvre, son rôle, mais aussi son impact dans la société. André Fortino et Hadrien Bels battent le record en termes de vidéo la plus longue. La regarder c'est voir défiler le temps au fur et à mesure que cet homme qui court inlassablement dans ses espaces ouverts tente de refaire peut-être le voyage à l'envers et recomposer son passé fragile. Un homme, un filmage somme toute épuisant, traînant en longueur, qui fait des choses bizarres, sort, rentre, place un tableau sur une chaise et d'autres objets sur une table, regarde son chat, palpe un poulpe... et puis cette femme à la fin qui le laisse en plan..
    Enfin, puis cette lassitude qui se ressent malgré la beauté et magnificence des paysage montrés. Le vide sidéral qui sans doute vient à frapper aux portes de nos membranes charnelles. Celui de cette âme absente qui plane tout au long de cette vidéo... le corps manquant est aussi étrangement palpable dans ce hors champ maladif qui s'insinue dans ces installations vidéos. C'est le cas dans le travail de Laurent Lacotte qui, plantant à l'envers un grand sac au sol, ce dernier (le sac) vient à s'agiter au gré de l'air d'aération du métro parisien. Un sac Tati connu par tous. Son mouvement brinquebalant rappelle peut-être le mouvement hésitant ou ce bal désarticulé de l'immigration tiraillée entre un pays d'origine et un pays d'adoption qui tend parfois à le rejeter.
    Un beau travail simple et ingénieux qui est construit clairement sur la répétition d'une seule image comme d'autres installations vidéos vraiment à voir!

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