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    Cinéma Komunisto de Mila Turajlik projeté à Alger

    L’histoire d’un pays qui n’existe plus

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    le 24.12.13 | 10h00

     

     

    Cinéma komunisto, de la Serbe Mila Turajlic, raconte l’histoire de Tito avec le 7e art, un dictateur cinéphile.

    En 1991, la République fédérative de Yougoslavie a éclaté en plusieurs petits Etats. La nouvelle carte géostratégique ne tolérait plus l’existence d’une République multiculturelle de création socialiste aux Balkans. Camarade Josip Broz Tito n’était plus là pour défendre l’Etat qu’il avait construit en presque cinquante ans après la Seconde Guerre mondiale. Cinéma Komunisto, de la Serbe Mila Turajlic, projeté dimanche à la salle El Mougar à la faveur du 4e Festival international du cinéma d’Alger (FICA), raconte l’histoire de ce pays qui n’existe plus. La documentariste, qui avait dix ans à l’éclatement de la Yougslavie, s’est intéressée au 7e art dans un pays dirigé par un homme désigné «président à vie», et un parti communiste unique. Maréchal Tito était un grand passionné du cinéma. L’acteur américain Kirk Douglas était son acteur préféré. Mila Turajlic a cherché et trouvé le projectionniste particulier de Tito, le soldat Leka Konstantinovic (disparu depuis). Leka, qui a refusé au début de témoigner, a expliqué dans ce documentaire de 100 minutes les habitudes cinématographiques de Tito qui, chaque soir, regardait un film. Il aurait durant sa vie vu plus de 8000 films.

    Au festival de Pula, qui fut à l’époque l’équivalent de Cannes en Yougslavie, Tito insistait pour voir tous les films en compétition (Pula est situé en Croatie). «On était à l’écoute des commentaires de Tito sur les fictions en compétition et sur les comédiens. Et lorsque Tito disait que Bata était un bon acteur, cela veut dire qu’il aura le grand prix», a expliqué un organisateur du festival. Dans les années 1960 et 1970, Velimir Bata Zivojinovic était parmi les plus grands acteurs yougoslaves (il tourne toujours, son dernier film, The Sisters, remonte à 2011). Il avait interprété notamment le rôle de Nicola dans La bataille de Sutjeska, une surproduction financée par l’Etat yougoslave et réalisée par Stipe Delic. Mila Turajlic est revenue dans son documentaire sur l’histoire de ce film qui restitue le parcours militant de Tito de son vivant.

    Tito avait lui-même choisi l’acteur britannique Richard Burton pour interpréter son rôle. La documentariste a trouvé des images où l’on voit le maréchal recevoir Richard Burton dans sa résidence de la paradisiaque île de Brijuni (qui se trouve en Croatie). Tito avait lui-même visionné le tournage de La bataille de Sutjeska en intervenant parfois dans le scénario. Comme il avait mis tous les moyens pour La bataille de la Neretva, film réalisé par Veljko Bulajic en 1969 et racontant la résistance des partisans menée par Tito, à l’invasion allemande dans les Balkans. La bataille de la Neretva, qui a été soutenu par des fonds italiens et américains, est considéré comme l’un des films les plus célèbres du cinéma yougoslave. Les producteurs n’ont pas hésité à faire exploser un vrai pont pour les besoins du tournage ! Yul Brynner a assuré le premier rôle (Yvan Vlado dans cette fiction). Comme Richard Burton, Yul Brynner et Orson Wells étaient parmi les invités à la table du maréchal à Brijuni. Mila Turajlic a raconté aussi l’histoire des studios Avala films, les plus importants d’Europe après Cinecitta (Rome).

    Des studios nés d’un grand projet de Tito de doter la Yougoslavie d’espaces consacrés à la production cinématographique. Les grands chantiers du maréchal, la rupture avec Staline, les prisonniers politiques, les engagements internationaux de Tito sont racontés dans Cinéma komunistoa, vec l’appui d’images d’archives. Images que Mila Turajlic a recherchées, parfois avec difficulté, durant cinq ans. La documentariste, qui a évité le commentaire sur les images, a appuyé son propos avec des bouts de films, des extraits des actualités filmées de propagande, des interviews, des déclarations exclusives et des photos d’archives.  Un travail soigné, bien mené, bien agencé, qui restitue l’itinéraire d’un homme, sans doute  un dictateur éclairé, et celui d’un pays qui avait une voix entendue dans le monde grâce à la culture du non-alignement. «Il est difficile d’accéder aux archives en ex-Yougoslavie.

    Des archives souvent mal entretenues. On ne peut pas visionner les images en raison de problèmes techniques. Après la dissolution de la Yougoslavie, la question des droits sur les films n’a pas été résolue. A qui appartient le cinéma yougoslave ? L’héritage du pays disparu a été partagé. Par exemple, les sièges des ambassades à l’étranger ont été distribués entre la Serbie, la Croatie, la Bosnie… On n’a pas fait la même chose avec les films. Des films qui sont comme des orphelins, appartiennent à la fois à tout le monde et à personne ! J’ai donc profité de cette situation pour utiliser les extraits de films. Nous avons payé les droits à la Cinémathèque qui, heureusement, existe toujours à Belgrade», nous a expliqué Mila Turajlic qui était présente lors de la projection. Elle a regretté la fermeture des studios de tournage. 

    Fayçal Métaoui
    « Chronique amère d?un départ annoncéPhoto du Jour ! »
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