• Culture : HOMMAGE
    Salah Teskouk, acteur de cinéma, figurant de la vie

    Par Ahmed Halli
    Salah Teskouk est mort la semaine dernière à Paris, aussi discrètement qu'il a vécu, quasiment oublié, mais jamais amnésique, ni oublieux de ce qu'il devait à son art. Il y a peu de personnes qui porteront le deuil de ce solitaire, par résignation, mais ses amis qui l'ont égaré, quelque part en chemin, doivent en sentir la perte.


    Salah Teskouk sera enterré mercredi à Bobigny, dans le cimetière musulman, situé derrière l'hôpital franco-musulman, là où reposent ses deux parents. Pour mémoire, le père de Salah n'est autre que le premier muezzin de la Mosquée de Paris. C'est lui qui lança le premier appel à la prière, à partir de l'édifice religieux inauguré en 1926 à Paris. C'est à Paris qu'est né Salah Teskouk en 1935, et où il a grandi à l'ombre du minaret où son père officiait. Ce n'est pas tous les jours qu'on voit un fils de muezzin, fût-il au cœur de la capitale, appelée au début du 20e siècle «pays des djinns et des anges», choisir la danse. Sa taille et sa souplesse le prédestinaient naturellement à la danse, et il s'y consacrera corps et âme, jusqu'au déclenchement du 1er Novembre 1954. Il met sa carrière de danseur entre parenthèses : «Je ne peux pas danser pendant que les gens crèvent. J'étais plus que sympathisant de la libération de l’Algérie.» Comme il ne pouvait pas dissocier l'art de la politique, il se tourne vers le théâtre, et s'inscrit aux cours privés du «Petit Marigny». C'est durant ce cursus qu'il rencontre Jean-Marie Serreau, qui le premier lui donnera sa chance. Il est tour à tour comédien, assistant réalisateur, et réalisateur lui-même, après avoir collaboré avec des grands comme Antoine Vitez et Ariane Mnouchkine. Après l'indépendance, il fait quelques incursions au cinéma, mais il est boudé par le 7ème art, ou plutôt par ceux qui en tiennent les rênes. Il continue de travailler au théâtre, et en particulier avec le regretté Mohamed Boudia, lorsque celui-ci deviendra directeur du Théâtre de l'Ouest parisien, ainsi qu'avec Patrice Chéreau et Didier. Durant quelques années, Salah Teskouk retourne en Algérie, pour participer à la troupe théâtrale créée par la Sonatrach, du temps où celle-ci n'était pas abonnée aux prétoires. Comme toutes les bonnes choses ont une fin, et à plus forte raison en Algérie, il regagne sa ville natale. Entre deux théâtres, Salah joue quelques petits rôles de travailleur immigré au cinéma (il apparaît notamment dans l'Autre France, de Ghalem). Puis, c'est Alain Corneau qui lui donnera le «clap» décisif en le prenant sur le tournage de Fort Sagane, tiré du roman éponyme de Louis Gardel, avec Gérard Depardieu, Philippe Noiret et Catherine Deneuve. Comme l'action du film se déroule au fin fond du Sahara, il fallait bien quelques figures de l'humanité locale, pour faire plus réaliste. Pour Salah, en tout cas, c'est le vrai début d'une carrière cinématographique qu'il mènera avec constance et régularité, sans jamais renoncer au théâtre, bien sûr. Il tournera alors avec une certaine régularité plus d'une trentaine de longs métrages de fiction, notamment avec Henri Verneuil, Gérard Blain, Alexandre Arcady. Sa dernière apparition remonte à 2011, dans le téléfilm, Pour Djamila, que Caroline Huppert a consacré à l'héroïne de la guerre de Libération, Djamila Boupacha. Puis c'est l'éclipse, décidée par lui, et entérinée par ses amis qui l'ont perdu de vue, comme on dit, et qui doivent sentir le poids tardif des regrets. Acteur consacré et reconnu au cinéma, Salah Teskouk a fini en figurant dans la vie réelle. Pas une ligne, pas un entrefilet dans la presse ou sur la toile, pour dire sa disparition, à défaut d'une oraison funèbre. Une vraie oraison funèbre et surtout pas un de ces textes qui envahissent votre tombe, sans même le goût de pissenlit, et jusqu'à asphyxier le peu de dignité et d'orgueil qui vous restait. Au demeurant, le pire mal posthume qu'on puisse vous faire, c'est un coup de ces Bossuet en herbe qui s'emparent avec allégresse de votre mort, pour en faire une O.P.S (Offre publique de services). Imaginez alors l'infernale cruauté d'une notice nécrologique rédigée par l'un de ces folliculaires qui ne font que des dégâts lorsqu'on commet l'erreur de leur laisser, en même temps, du papier et un stylo. Et ça, ce n'est pas moi qui le dis, c'est notre défunt confrère, Belkacem Sobhi, qui recommandait vivement, à propos de certains confrères, de leur donner, soit un stylo, soit du papier, mais jamais les deux simultanément. Et si j'ai cité notre ami Belkacem Sobhi, c'est que je crois avoir perçu une certaine fraternité et une certaine ressemblance dans la tragédie, entre lui et Salah Teskouk… Regrets et contrition. A.H.
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  • Dècès d'Hamidou Benmassoud, acteur fétiche de Claude Lelouch

    Dècès d'Hamidou Benmassoud, acteur fétiche de Claude Lelouch
     
    © AFP

    Hamidou Benmassoud, dit Amidou, premier acteur marocain à s'être fait un nom dans l'Hexagone, est décédé vendredi, à Paris, à l'âge de 78 ans. L'homme, père de l'actrice Souad Amidou, avait tourné une dizaine de films avec le cinéaste Claude Lelouch.

     
    Par Dépêche (texte)
     

    Le comédien Amidou, 78 ans, premier acteur marocain à s'être fait un nom en France, est mort jeudi soir dans un hopital parisien des suites de maladie, a annoncé à l'AFP son agent. Hamidou Benmassoud de son vrai nom, était né le 2 août 1935 à Rabat (Maroc).

    Premier acteur marocain à avoir obtenu un prix d'interprétation au Conservatoire National d'Art Dramatique, il avait commencé au théâtre avec Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault dans "Les "Paravents" de Jean Genet à l'Odéon en 1968.

    Le comédien aux yeux noirs et au sourire plein de charme a surtout fait une belle carrière au cinéma.

     

    EXTRAITS DE FILMS AVEC AMIDOU

     

    Il est devenu un des acteurs fétiches de Claude Lelouch tournant plus de 10 films avec lui, dont le premier long métrage du cinéaste "Le propre de l'homme" en 1960.

    Il a joué aussi dans "Un homme et une femme", "Vivre pour vivre", "Le voyou", "La belle histoire" ou encore "And now... Ladies and gentlemen".

    Amidou a tourné également avec de nombreux réalisateur français de renom, Georges Lautner ("La valise"), Alain Cavalier ("La chamade"), Philippe de Broca ("La poudre d'escampette") et dans plusieurs longs métrages d'Alexandre Arcady ("L'union sacrée", "le grand pardon 2", "Comme les cinq doigts de la main").

    Parlant aussi anglais, il a mené une carrière aux Etats-Unis avec William Friedkin ("Le convoi de la peur", "L'enfer du devoir"), Otto Preminger ("Rosebud"), John Huston ("A nous la victoire"), John Frankenheimer ("Ronin"), Tony Scott ("Spy game, jeu d'espions").

    Amidou a parallèlement tourné régulièrement pour la télévision. Il a été vu dernièrement dans le rôle du père de "Aicha" dans la série de Yasmina Benguigui.

    En 2005, il a reçu des mains de Martin Scorsese un trophée en son honneur lors de la cérémonie d'ouverture du Festival de Marrakech.

    Amidou, qui avait la double nationalité française et marocaine, était le père de la comédienne Souad Amidou.

    L'acteur a aussi ouvert la voie à de nouvelles générations d'acteurs originaires du Maghreb.

    La date et le lieu de ses obsèques ne sont pas encore connus.

    AFP
     

     
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  • La nuit n'aura plus peur du soleil par Abdelhakim Meziani

     

     

    DÉCÈS DE MUSTAPHA BADIE
    La nuit n'aura plus peur du soleil
    Après Omar Boudia, c'est au tour de Mustapha Badie de nous quitter sur un fondu enchaîné, ou presque ...

    La Casbah se meurt. En plus de la dégradation, chaque jour davantage, de ses somptueux parements, ce sont ses meilleurs enfants qui partent, rappelés qu'ils sont par la volonté divine. Après Omar Boudia, c'est au tour de Mustapha Badie de nous quitter, sur un fondu enchaîné, ou presque ... 

    Dans une relative indifférence, convient-il de souligner ici, et ce, à l'instigation de la culture de l'oubli et de la haine de la citadinité. Deux fléaux qui tendent de plus en plus à réduire le champ culturel national à une portion congrue et à faire en sorte que les meilleurs enfants de La Casbah soient victimes d'un exil intérieur lourd de sens qui fonde et explique l'émoussement des capacités créatives d'un espace citadin ayant pourtant tant donné à notre pays. 

    Ayant vécu la Révolution nationale dans sa chair, alors qu'il avait toutes les chances de profiter pleinement d'une intégration, Mustapha Badie prenait très tôt conscience de sa situation objective. Il était l'un de ceux qui croyaient dur comme fer en le rôle décisif que pouvait jouer la culture dans la prise de conscience du fait national. Et c'est assurément pour ces raisons qu'il s'investit dans les activités artistiques et culturelles, avant de choisir le théâtre comme moyen d'expression directe. Ce choix sera judicieux à bien des égards, les arts dramatiques étaient les seuls à pouvoir refléter à merveille, à l'époque, l'exploitation et l'occultation d'un peuple ainsi que les luttes menées par celui-ci au plan social. 

    A l'école du nationalisme et du théâtre populaire 

    L'influence du théâtre populaire algérien dont les bases constitutives ont été jetées par Mahieddine Bachetarzi, Allalou et Rachid Ksentini l'aida énormément à affiner sa vision des choses, en même temps qu'elle lui permit d'esquisser les contours de sa propre représentation des choses et. des événements, dans une dynamique en adéquation avec les exigences du moment et les idées nationalistes qui allaient en se radicalisant. 

    Son sens inné de la représentation et son rapport à l'imaginaire d'un peuple meurtri, mais encore debout, allaient lui permettre de brûler les étapes pour faire une carrière fulgurante à la station algérienne de l'Office de radiodiffusion et de télévision française. Réalisateur, il donnera le meilleur de lui-même pour restituer à ce même peuple des facettes importantes de la richesse de son patrimoine artistique et culturel. De mémoire d'Algérois, qui ne se souvient pas de ces moments pathétiques proposés tant par les sketches que par des tours de chant où l'Algérien avait le sentiment d'appartenir à une grande civilisation, un sentiment irréfragable qui lui permet d'ailleurs de remettre irrémédiablement en question l'hégémonisme de la culture de l'autre ? 

    Formé à l'école du nationalisme autant que par un théâtre populaire offensif, contestataire et éminemment social, c'est sans surprise qu'il se mettra, au lendemain de l'indépendance nationale, au service de la libération de l'âme de tout un peuple. A un moment surtout où le pays connaissait un renouveau culturel salvateur à l'initiative de feu Mohamed Boudia, un autre enfant de La Casbah, et de plusieurs mouvements représentant une société civile alors conquérante. 

    Ce n'est donc pas sans raison qu'il optera, après sa sortie des geôles de la soldatesque française, pour la civilisation naissante de l'image. Un moyen d'expression que la caste coloniale a savamment utilisé pour souligner la suprématie de sa superstructure et asservir spirituellement et culturellement la société globale algérienne. 

    D'ailleurs, les premiers films algériens constituent, en quelque sorte, un miroir fidèle, témoin d'une époque effervescente et forcément créatrice où l'Algérien créait l'événement en se libérant du joug colonial d'abord, et en jetant les bases de sa souveraineté culturelle, ensuite. C'est justement la Révolution nationale qui a donné à des cinéastes comme Mustapha Badie l'impulsion idéologique décisive. 

    Une oeuvre aussi marquante que prestigieuse comme La Nuit a peur du soleil a participé pleinement à cette fondation, dès 1965 avec Une si jeune paix de Jacques Charby. La représentation de la Guerre de Libération nationale par l'image a indiscutablement donné à l'Algérie des films de qualité susceptible de rivaliser avec la production cinématographique internationale. 

     

    Une détermination à faire figure de défricheur et de réfractaire 

    Avec La nuit a peur du soleil, le premier long métrage entièrement algérien, Mustapha Badie annonce vite la couleur et sa détermination, à peine contenue, à faire figure de défricheur et de réfractaire. C'est un cinéaste qui a vite compris aussi que sa tâche consistait à ouvrir des brèches dans le dos de nos institutions dominantes, à essayer de dénouer la chaîne des oppressions, à voir et à entendre le travail castrateur d'interdits, d'inhibitions, de refoulements et de leurs séquelles sur des corps, des voix, des discours, des textes, des sentiments et des idéaux. 

    La Nuit a peur du soleil se présente sous la forme d'une fresque historique de 195 minutes, qui retrace les étapes les plus, importantes de la guerre de libération nationale. Bien que très mal accueilli par certains critiques de cinéma, ce film a obtenu un immense succès populaire. 

    Toutefois, cette réussite ne relève pas uniquement du rapport du signifiant aux mélodrames égyptiens et au western. Elle est par ailleurs portée et justifiée par un énoncé des plus efficients où la bourgeoisie terrienne, la voracité des parvenus, la déception de certains révolutionnaire et les alliances tissées entre des officiers de l'ALN et des représentants de la féodalité occupent une place de choix. Pour le critique de cinéma français Claude-Michel Cluny c'est, à l'évidence, une fresque ambitieuse, avec des moments d'éclat, et des pans d'ombre d'où Mustapha Badie faisait surgir un monde compromis, prêt à tout vendre, ou à tout acheter. En dépit de longueurs pas toujours justifiées, estime la même source, la mise en scène était bien tenue en main, et la charge critique, à l'égard de la bourgeoisie avec laquelle la Révolution allait devoir compter, donnaient à ce film un ton assez personnel et vigoureux. Il ne pouvait en être autrement, surtout lorsque le réalisateur concerné tenait à souligner, à propos de son premier long métrage : « J'ai reproduit les choses telles que je les ai vues, j'ai mis en scène des situations telles que les ai senties. J'ai traité cette histoire avec spontanéité. » Après le très discutable La mort de Hassan Terro, ainsi que, cette fois-ci pour la télévision, Le Charlatan, il adapte pour le compte du même média deux romans de Mohammed Dib, L'Incendie et La grande maison qui donneront Al-Harik, en 1976, et Le Suicide, en 1997. 

    Mustapha Badie occupera, par ailleurs, des fonctions administratives, en qualité de directeur des arts audio-visuels, au ministère de l'Information et de la Culture. 

    C'est à ce moment-là qu'il se fera une idée précise sur les intentions réelles du système, s'agissant du devenir du cinéma national. Il retournera à la Télévision algérienne où il s'essaiera à d'autres genres qui seront, cependant, en deçà des prouesses enregistrées par les feuilletons en relation étroite avec l'œuvre de Mohammed Dib. Désabusé et aigri, il ne cachait nullement son indignation, invitant, dans Ecrans du Sud, une émission de Canal Algérie, les cinéastes algériens à accorder plus d'importance à la vidéo dont les coûts de production sont de loin inférieurs à ceux du secteur cinématographique. Le cas échéant, le désengagement de l'Etat aidant, la représentation du peuple algérien par l'image redeviendrait de la compétence de l'autre ... 

    La nuit n'aura plus peur du soleil 
    Par ABDELHAKIM MEZIANI 
    L'Expression vendredi 29 - samedi 30 juin 2001

     

     

    Mustapha Badie
    Mission accomplie

    Le réalisateur de La nuit a peur du soleil et de L'incendie a été porté à sa dernière demeure hier au cimetière de Ben-Aknoun.

    On se croit préparé à recevoir sans chanceler la nouvelle de la disparition d'un être que l'on a aimé, apprécié, admiré ou simplement connu, le sachant atteint d'un mal sévère, la réalité nous prend toujours de court. À la dernière apparition publique de cet homme, dont le nom est indissolublement lié à une production artistique de haut niveau, mais en même temps très proche du grand public, on le sentait très fatigué. C'était il y a quelques semaines, dans ce théâtre qui a vu ses débuts sur les planches, il y a près d'un demi-siècle. L'hommage que lui ont rendu les membres de l'émouvante équipe, avec laquelle il a peuplé La Grande Maison de Mohammed Dib, s'adressait au prodigieux réalisateur qu'il était, cet artiste "colossal" pour reprendre le terme de Chafia Boudraâ, qui a su user de tous les moyens d'expression pour donner la pleine mesure de son génie.

    Pour tous les Algériens, le nom de Mustapha Badie évoque essentiellement ce long métrage tourné en 1964 et présenté deux années plus tard, La nuit a peur du soleil, une fresque historique dédiée aux artisans du retour à la souveraineté nationale, puis l'inénarrable Évasion de Hassan Terro, où il a su tirer parti de la verve et du talent de Rouiched, et, surtout, une dizaine d'années plus tard, l'inoubliable feuilleton télévisé L'incendie, adapté de la célèbre trilogie de Dib. S'il est vrai que ces productions furent autant de grands moments du parcours créatif de Mustapha Badie, elles n'ont représenté que des étapes importantes de l'itinéraire de cet homme-orchestre qui ne saurait se résumer à ces œuvres si prestigieuses et mémorables soient-elles.

    En effet, Mustapha Badie, de son vrai nom Arezki Berkouk, a fait irruption dans l'histoire artistique algérienne dès le milieu des années 40. À dix-huit ans, ce natif de La Casbah d'Alger faisait ses premiers pas dans la réalisation cinématographique avant de bifurquer vers le théâtre qui lui permettait, dans sa forme radiophonique comme sur les planches, de s'inscrire dans l'action nationaliste. Aux ELAK (émissions en langues arabe et kabyle) de

    Radio-Alger, où il réalise des dramatiques, comme à l'Opéra d'Alger où il fait

    partie de la troupe de Mahieddine Bachetarzi, il déploie une créativité inlassable, faisant preuve d'imagination et de professionnalisme. Il sera de ceux qui, en 1957, si l'on en croit ses compagnons de l'époque, procéderont clandestinement, dans les studios de la radio, à l'enregistrement de Qassamen que venait de composer Moufdi Zakariya. Il est certain que son engagement en faveur de la libération du pays ne sera pas étranger à son arrestation en 1957 par les autorités françaises

    et à son incarcération jusqu'à l'indépendance.

    Son retour à la liberté dans un pays libre sera le point de départ d'une nouvelle carrière au cours de laquelle il sera reconnu dans l'univers de la télévision et du cinéma comme un metteur en scène exceptionnel, dont le savoir-faire professionnel, tout d'exigence et de rigueur, se combine avec des qualités humaines de manière à ce que techniciens et acteurs soient toujours heureux de tourner sous sa direction. Hors du plateau, son caractère bon enfant, son humour difficile à ébranler "voisinent" avec une culture solide et un vécu artistique d'une extrême richesse. C'est cette grande culture et la haute idée qu'il se faisait du devoir des hommes de culture de son pays qui l'ont conduit à accepter, à la fin des années 70, la fonction de directeur des arts et lettres au ministère de la Culture et d'y renoncer, trois années plus tard, déçu de n'avoir pu convaincre la hiérarchie de mettre en œuvre l'ambitieux programme de relance qu'il avait proposé.

    Presque septuagénaire, à la veille de l'aggravation du mal qui devait triompher de son extraordinaire vitalité, Mustapha Badie trouvait encore assez d'énergie pour réaliser une dramatique télévisuelle en plusieurs parties. La mort l'aura empêché de donner suite à de nombreux projets dont parlaient encore mezzo voce ses compagnons venus nombreux le conduire à sa dernière demeure hier, vendredi, après la prière du dohr. Des compagnons qui auront beaucoup appris de l'homme et de l'artiste, qui savait faire partager ses enthousiasmes et avait le secret des mots et attitudes qui désignent l'activité des hommes de culture moins comme un métier que comme une mission.

    Puisses-tu reposer en paix, Mustapha Badie et puissent de nombreux jeunes artistes algériens avoir ce feu sacré et cette ambition que tu as eus à cœur de mettre au service de tes concitoyens, au mépris des obstacles et des difficultés.

    M. A.

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  • Décès de Mustapha Belmihoub: une grande perte pour le cinéma algérien (cinéastes)

    Plusieurs collègues et amis du directeur de la photo Mustapha Belmihoub, décédé vendredi soir d'une crise cardiaque à l'âge de 71 ans, ont regretté la disparition d'"un professionnel avéré" ayant collaboré avec les plus grands réalisateurs algériens.
    Dans une déclaration à l'APS, le président de l'association "Lumières", le réalisateur Ammar Laskri a rendu hommage à cet artiste professionnel qui travaillait en défiant le poids des années. Rappelant "la fibre artistique" du défunt", Laskri a estimé que sa disparition était "une grande perte pour le 7ème art algérien".

    Il a en outre rappelé l'amour du défunt pour le 7ème art comme en témoigne son riche parcours durant 50 ans.
    De son côté, le comédien Fawzi Saïchi avec qui il a collaboré dans plusieurs œuvres dont "Mista", a salué le "professionnalisme" de Belmihoub qui l'a encouragé à percer dans le 7ème art.

    Pour sa part, Amar Rabia, vice-président de l'association "Lumières", et ami du défunt, a évoqué le professionnalisme et la bonté de "l'un des plus grands directeurs de la photo en Algérie" ayant formé et encadré plusieurs jeunes.
    Né en 1946 à Belcourt (Alger), Mustapha Belmihoub avait travaillé 50 ans durant comme photographe et directeur de la photo dans plusieurs œuvres cinématographiques dont "Rachida" de Yamina Chouikh (2002), "L'honneur de la tribu" (1993) de Mahmoud Zemouri, inspiré du roman de Rachid Mimouni.

    Le défunt avait par ailleurs travaillé comme directeur de la photo dans "Les folles années du twist" et dans "De Hollywood à Tamanrasset", du même réalisateur. Il avait également travaillé au lendemain de l'indépendance avec les réalisateurs Ahmed Rachedi et Lakhdar Hamina.

    Le dernier film dans lequel travaillait le défunt est "Mista", de Kamel Yaïche, produit par l'entreprise Sid Ali Kouiret.
    Mustapha Belmihoub qui était également membre de l'association "Lumières", est décédé alors qu'il travaillé sur le film "Mémoire de scènes", de Rahim Aloui en tournage à Sétif. Il a été inhumé samedi après la prière du d'hor (midi) au cimetière de Ben Aknoun (Alger).

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  • Henri Alleg nous a quittés

    samedi 20 juillet 2013par Michel Berthelemy

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    Henri Alleg au colloque Maurice Audin du 22 juin 2012.
    Au cours de ce colloque il a rappelé les derniers mots échangés avec Maurice Audin qui venait d’être torturé

    Henri Alleg vient de mourir.
    Une vie à dénoncer la torture et le colonialisme.
    Relire ses écrits de journaliste et d’écrivain.
    Se souvenir.

    Victime de la torture pour son engagement en faveur de l’indépendance algérienne, il a continué son combat en tant que journaliste, écrivain, et témoin dans de nombreux colloques et manifestations. Chaque année, il participait au lancement de la semaine « anticoloniale ».

    Il avait 91 ans, dont 73 passés à militer contre la guerre et le colonialisme, et pour la paix dans le monde. Premier à dénoncer la torture en Algérie, alors qu’il était directeur du quotidien « Alger Républicain », il l’avait subie lui-même, tout comme son ami Maurice Audin, en pleine bataille d’Alger en 1957. Tous deux favorables à l’indépendance de l’Algérie, ils militaient ensemble au PCA (Parti communiste algérien). 
    Condamné en 1960 à dix ans de travaux forcés, il s’évade et un an plus tard revient à Alger pour relancer « Alger républicain », qui disparaîtra à la suite de la chute de Ben Bella.

    Toutes ces dernières années, il aura continué à se battre, notamment pour demander que soit enfin levée l’omerta officielle sur la disparition de son ami Maurice Audin. Il a soutenu jusqu’au bout les démarches et le combat de Josette Audin et de l’association Maurice Audin, pour obtenir enfin la vérité.

    Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment « La Question » dont l’avocat Roland Rappaport raconte la genèse,
    http://www.lemonde.fr/livres/article/2013/07/24/la-question-histoire-d-un-manuscrit_3452592_3260.html publiée aux Éditions de Minuit, sur les dérives de l’armée française pendant la guerre d’Algérie. Pour en savoir plus sur son œuvre, voir sur ce site la rubrique Bibliographie.

    Michel Berthelemy

    Communiqué :

    ( Le 17 juillet 2013, Harry Salem dit Henri ALLEG nous a quittés, à l’âge de 92 ans.
    Journaliste et militant communiste, il a consacré sa vie aux luttes contre le fascisme, le colonialisme, le racisme et l’exploitation ; il s’est battu pour la paix, le socialisme et la fraternité entre les peuples.
    Sa famille, ses amis, ses camarades lui rendront un hommage fraternel le lundi 29 juillet à 10h30, au crématorium du Père Lachaise, salle de la Coupole.
    Le même jour, à 16h, une courte cérémonie d’inhumation aura lieu au cimetière de Palaiseau (Essonne). Contact : andre.et.jean.salem@gmail.com )

    Henri Alleg :

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