• Conseils en écriture ~ La limite des conseilsseils...

    Les conseils en écriture peuvent concerner cinq domaines, au sein desquels existent des règles immuables. Exemples :

    - En matière de stylistique, les adverbes (notamment en -ment...) sont souvent lourds.

    - En matière d'imaginatique (comment trouver des idées originales et éviter les poncifs), il est bon de combiner deux éléments qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre (par exemple un clochard et une parfumerie).

    - En matière de dramaturgie (comment conduire une histoire et agencer les actions des personnages), il est efficace de créer des personnages aux objectifs complémentaires mais aux tempéraments opposés.

    - En matière d'attitude créative (comment dépasser ses blocages et ne pas sécher devant la page blanche), un bon échauffement consiste à écrire tout ce qui passe par la tête, assez rapidement et sans s'arrêter, durant 5 minutes.

    - En matière de présentation (comment présenter un texte, l'envoyer à un éditeur...), on conseille souvent d'utiliser une typographie classique et lisible telle que Times, en justifié, avec un maximum de 15 mots par ligne.

    Donc, beaucoup de règles qui fonctionnent pour tout un chacun...

    Il existe aussi quantité de conseils à efficacité variable, suivant les personnes qui les appliquent. Exemple : "Ne faites jamais un plan avant de vous lancer dans l'écriture d'une histoire." Je préfère, pour ma part, une formulation du type : "Il est possible de ne pas faire de plan avant de se lancer dans l'écriture d'une histoire."

    La plupart des conseils ne sont pas des règles mais des possibilités d'exploration 

    Jean Philippe (merci !) m'a envoyé une belle citation :
    "Ne t'occupe pas de ce qu'on écrit sur toi, que ce soit bon ou mauvais. 
    Evite les endroits où l'on parle de livres. 
    N'écoute personne. 
    Si quelqu'un se penche sur ton épaule, bondis et frappe-le au visage. 
    Ne tiens pas de discours sur ton travail, il n'y a rien à en dire. 
    Ne te demande par pour quoi ni pour qui tu écris mais pense que chacune de tes phrases pourrait être la dernière."
    (Philippe Djian - Lent Dehors)

    Ma réponse :
    C'est très beau, très fort... J'admire sincèrement des auteurs de gueule comme Djian.
    Mais on pourrait tout aussi bien écrire l'inverse :
    "Aime les lecteurs qui t'aiment et respecte les en ne publiant que le meilleur de toi.
    Pratique la lecture cannibale et ne te nourris pas que de toi-même.
    Fréquente les auteurs artisans*.
    Si quelqu'un se penche sur ton épaule, dis-lui de revenir plus tard, quand tu pourras lui montrer la chose finie.
    Parle de ton travail seulement à ceux que cela intéresse. Que ton discours n'explique pas ce que dit ton livre, qu'il ne s'y substitue pas mais qu'il le coiffe de points d'interrogation.
    Ecris pour toi si tu ne veux pas être publié. Sinon, écris aussi pour un lecteur idéal, même et surtout si cette personne n'existe pas. Ne cherche pas à la séduire mais à lui faire plaisir, à lui faire bander de l'âme.
    Pense que chacune de tes phrases n'a aucune importance et qu'elles ne sont qu'une façon de vivre."

    *Mon texte, de même que celui de Djian, fait allusion aux célèbres dix conseils d'Hemingway :

    Soyez amoureux. 
    Crevez-vous à écrire. 
    Regardez le monde. 
    Fréquentez les écrivains du « Bâtiment ». 
    Ne perdez pas votre temps. 
    Écoutez la musique et regardez la peinture.
    Lisez sans cesse.
    Ne cherchez pas à vous expliquer.
    Écoutez votre bon plaisir.
    Taisez-vous.

    (note : on retrouve les conseils d'Hemingway un peu partout dans les livres d'écriture ou les sites, mais sans que personne n'en cite la source. Le maître les a-t-il vraiment formulés ainsi ou est-ce une compilation ultérieure d'un exégète ? Si quelqu'un connaît le texte d'Hemingway dont c'est issu, merci de me le signaler par mail... Un grand merci, c'est important pour moi ;-)

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  • Produire un film indépendant

    Du plus modeste des films jusqu’au projet ambitieux, tout doit être produit dans les règles de l’art. Produire un film ne se limite pas, loin s’en faut, à trouver des financements. Il s’agit de mettre en place une structure permettant au réalisateur et à chaque participant du projet de pouvoir travailler et créer dans de bonnes conditions. Le producteur réunit et fédère les équipes, négocie des prêts ou une location à prix avantageux du matériel,
    gère les aspects administratifs et s’assure du bon déroulement du tournage. Les bons producteurs ont aussi un apport artistique : un film est conçu avec un couple producteur et réalisateur.

    Julien Séri, réalisateur

    Julien Séri, réalisateur

    À neuf jours du tournage, il manquait 10 % du budget. J’ai donc renoncé à mon salaire et même plus pour que le film existe. Je suis ainsi devenu coproducteur.

    Didar Dohmeri, productrice à Full House Films

    Didar Dohmeri, productrice à Full House Films

    Un producteur, c’est un capitaine à bord d’un bateau qui risque de chavirer à tout moment, au service d’un réalisateur auquel il croit.

    Antoine Rein, producteur à Karé Production

    Antoine Rein, producteur à Karé Production

    Un simple pitch n’est pas suffisant : soit c’est du high concept, et le développement d’un high concept est ce qu’il y a de plus dur, donc quelques lignes ne sont pas suffisantes ; soit le concept n’est pas immédiatement fort et c’est le ton, le traitement, les personnages qui pourront (me) séduire. J’ai donc besoin au moins d’un synopsis détaillé (une dizaine de pages). (…) C’est très subjectif de mesurer le potentiel d’un script, mais je me demande toujours : « Aurais-je envie de dépenser 2 heures et 10 € pour aller le voir ? » Si mes associés et moi en avons envie, alors nous pensons que ça a du potentiel. À tort ou à raison.

    Dans le livre

    • Estimer le temps de tournage (identifier les scènes complexes, les regrouper),
    • Concevoir un premier budget et quelques pistes pour le réduire,
    • Comment financer son projet (les producteurs, les aides publiques, internet, les financements internationaux, etc.),
    • Tourner sans budget (ou presque),
    • Rencontrer des producteurs,
    • Les aspects contractuels et légaux (assurance, autorisations, etc.),
    • Un producteur nous parle de son métier : Thomas Verharghe de Sombrero Production.
    Thomas Verhaeghe pour Cinéma Guérilla

    Thomas Verhaeghe est producteur à Sombrero Films. Il est également membre de la commission long métrage de la Procirep et de la commission court métrage d’UniFrance et il intervient à l’université de la Sorbonne ainsi qu’à la faculté de Poitiers.

    Un couple réalisateur-producteur doit fonder sa relation sur la confiance. Le producteur croit au projet du réalisateur, il croit en son talent ; le réalisateur croit au regard du producteur, il croit en sa capacité à accompagner le projet dans toutes ses étapes. En tant que producteur, je n’ai jamais eu la moindre tentation de tenir le stylo, la caméra ou la manette du banc de montage ou de l’auditorium. En revanche, à chaque étape, je donne mon avis, j’échange avec le réalisateur. Il y a un échange permanent, un échange de confiance.

    Se lancer dans le tournage

    Le délicieux moment du tournage est enfin arrivé ! Vous êtes fin prêt à concrétiser les images que vous avez imaginées depuis plusieurs semaines ou depuis plusieurs mois. Plus votre préparation sera précise et minutieuse, plus le tournage sera un moment créatif et, nous l’espérons, sans imprévus insurmontables. Dans ce chapitre, une large place est consacrée aux expériences des principaux corps de métiers indispensables sur un tournage afin de mieux comprendre l’importance et les responsabilités de chacun.

    Rémi Bezançon, réalisateur et auteur (Premier jour du reste de ta vie, Un heureux événement, Zarafa, etc.)

    La citation est connue, mais tellement vraie : « Quiconque a eu le privilège de réaliser un film est conscient que c’est comme vouloir écrire Guerre et Paix à bord d’une auto tamponneuse dans un parc d’attraction. Mais lorsqu’enfin la tâche est bien accomplie, peu de choses dans la vie peuvent se comparer à ce que l’on ressent alors. » Stanley Kubrick

     

    Nicolas Marié, acteur

    Nicolas Marié, acteur (Micmacs à tire-larigot, Le Vilain, Café Le Flore, etc.)

    J’attends d’un jeune réalisateur qu’il soit enthousiaste, imaginatif et travailleur… Les erreurs les plus courantes sont l’impréparation, l’impréparation et l’impréparation…

    Dans le livre

    • Tourner avec un appareil photo reflex numérique (DSRL),
    • Tourner avec un téléphone portable,
    • Une journée type de tournage (la préparation du plateau, la mise en place, quand le tournage prend du retard : les astuces, etc.),
    • Enregistrer correctement les dialogues,
    • Faire une belle lumière,
    • Habits, maquillage et coiffure,
    • Maquillage spéciaux et autres artifices.
    Charlotte Boulin, première assistante de réalisation

    Charlotte Boulin, première assistante de réalisation

    Sur un tournage, la meilleure astuce est de garder le sourire et la dynamique. Si le premier assistant montre du découragement ou de la lassitude, cela risque de déteindre sur toute l’équipe. Il y a beaucoup de façons très différentes d’appréhender ce métier, la mienne table sur l’humour et l’enthousiasme. Il faut rester très vigilant quant au rythme de techniciens fatigués, mais continuer à les motiver sans pour autant imposer à tout le monde un stress qui ne fera pas avancer les choses plus rapidement.

     
     
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  • Le Découpage

    Le découpage est un délicieux moment où des cadrages, des mouvements, un rythme et un point de vue narratif viennent s’ajouter au scénario. Votre film est en train de prendre vie, certes encore sur le papier ou sur l’écran de votre ordinateur, mais vous allez bientôt ressentir l’excitation et l’envie de tourner. Mais ne brûlons pas les étapes. Comme pour chaque phase de la construction de votre film, aucun élément n’est figé. Prenez suffisamment le temps de découper correctement votre scénario, car c’est aussi la première étape de la préparation de votre tournage. En parallèle de ce travail, vous pouvez également commencer à prendre contact avec des producteurs et des comédiens.

    Albert Dupontel, auteur, réalisateur et acteur

    Je fais beaucoup de préparation car souvent, en ce qui me concerne, c’est la meilleure façon de combler les lacunes matérielles. Je découpe énormément, surtout les scènes dites d’action, car se poser la question de « quoi faire » sur le plateau à ces moments-là est totalement ruineux. Le storyboard est la meilleure façon de communiquer avec les techniciens du film. On est (à peu près) sûr d’être compris. Le découpage est mon moment préféré car souvent en osmose avec le cinéma que j’aime (ou que je cherche à faire). Je m’y amuse énormément et cela permet une relecture du script et souvent une édulcoration de mots et de scènes inutiles. Je découpe par principe les scènes de comédie mais c’est juste pour « avoir une idée » car il convient de laisser les acteurs « trouver » ce qui est juste et s’amuser sans les bloquer dans des places préméditées. Les acteurs doivent être maintenus dans l’irrationalité de leurs intuitions, il faut attraper ce qui leur échappe et toute préméditation est stérile. Sur le tournage, j’amène en plus du storyboard, un découpage technique relié, numéroté et distribué aux chefs de poste. J’y indique les mouvements de caméra, la machinerie dont on doit disposer, les focales souhaitées, etc. (Il est parfois lu…) Il est très important de connaître son film par coeur même si encore une fois il ne faut pas se bloquer à cette « mise en place » très théorique.

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    Préparer le tournage

    Votre scénario – les fondations de votre film – est maintenant solide. Il est temps d’être rejoint par le pilier de votre équipe technique : le premier assistant. Il vous aidera et vous guidera durant la préparation et tout au long du tournage. Parallèlement, vos personnages doivent prendre vie, grâce au talent des comédiens. La préparation est une phase grisante, tant d’un point de vue artistique, avec la rencontre de comédiens, que d’un point de vue logistique et méthodologique, avec votre premier assistant. L’équipe technique va également se former, avec les principaux chefs de poste. 

    Charlotte Boulin, première assistante de réalisation

    Charlotte Boulin, première assistante de réalisation

    Le rôle du premier assistant de réalisation est avant tout un rôle de « grand coordinateur ». L’idée est de faire le relais entre le réalisateur, la production et tous les chefs de poste. De transmettre les demandes artistiques du réal à l’équipe et de voir comment on peut y répondre le mieux possible dans les contraintes de temps et de budget qui nous sont imposées. Ensuite, il s’agit de prendre en compte les contraintes de chacun et de les intégrer au plan de travail pour que le tournage soit le plus fluide possible.

     

     

    Albert Dupontel, auteur, réalisateur et acteur

    On fait des répétitions avec les acteurs pour voir comment sonnent les dialogues et les interactions entre eux. C’est très enrichissant. Beaucoup de dialogues se révèlent pauvres ou inutiles et la justesse ou les trouvailles de bon nombre de comédiens sont parfois beaucoup plus effi caces. Un acteur (bien casté) doit pouvoir dire son texte sans effort (si ce n’est la mémorisation) sinon il faut réécrire… Les répétitions ont lieu avec parfois les marques du décor au sol pour que l’on soit déjà dans une certaine géométrie proche de ce qui est à venir. Ces répétitions ont pour but de dédramatiser le moment du vrai tournage mais la « trouvaille » de l’instant reste à espérer et c’est pourquoi il ne faut pas abuser de ces répétitions.

    Dans le livre :

    • Comment rencontrer des comédiens et présenter son projet,
    • Organiser un casting,
    • Faire des répétitions,
    • Le travail avec le premier assistant (vote ami pour la vie),
    • Constituer une équipe de choc,
    • Repérer les lieux,
    • Truc et astuces d’un premier assistant : Julien Siehr.

    Lionnel Astier, comédien.

    Tout ceci peut me séduire : un personnage surprenant auquel je n’aurais jamais pensé, la personnalité du réalisateur ou de la réalisatrice, le regard qu’il ou elle porte sur moi. Il faut que ce regard soit agréable. Il peutêtre déroutant, inattendu, mais il doit être agréable. C’est une rencontre, il faut qu’il y ait de la curiosité, du désir, l’envie d’inventer, l’idée que ce qu’on va faire sera à nous, ne ressemblera pas aux autres. Même si, finalement, les films et les pièces peuvent se ressembler, il est indispensable de partir avec l’idée excitante qu’on va faire un truc unique et pas un film ou une pièce de plus, sinon il n’en restera rien. Et puis, il est important que je sente qu’il ou elle aime ça,sans compter : le cinéma, le théâtre et les acteurs. Il y a des réalisateurs qui n’aiment pas les acteurs comme il y a des profs qui n’aiment pas les enfants. Ils n’ont pas jugé au moment de leur choix que c’était un critère important.

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  • Ecrire une histoire unique

    Filmer est aujourd’hui simple avec les téléphones portables et les appareils photo. Mais donner un sens à son propos est autrement plus délicat. Le scénario est l’élément le plus important d’un film. Il s’agit de la clé de voûte. De nombreux jeunes réalisateurs pensent qu’un point de vue original suffit pour se lancer à l’instinct dans un tournage et qu’ils doivent focaliser leur énergie sur la réalisation. C’est une grave erreur. On ne le répétera jamais assez : dans un film, c’est l’histoire qui compte. C’est à cette étape déterminante que vous allez consacrer le plus de temps.
    Jean Patrick Benes, co-réalisateur et auteur de Vilaine

    Jean Patrick Benes, co-réalisateur et auteur de Vilaine

    L’écriture d’un scénario commence par l’envie. C’est le moteur principal. Ensuite, je pense qu’il est plus facile d’écrire sur ce que l’on connaît, ça permet d’éviter les clichés. Mon premier scénario parlait de quatre étudiants en fac de droit. J’ai fait cinq ans de droit.

     

    Rémi Bezançon, réalisateur et auteur (Premier jour du reste de ta vie, Un heureux évènement, Zarafa)

    Pour Ma vie en l’air, je suis parti de ma phobie de l’avion; pour Le premier jour du reste de ta vie, c’est le concept de faire une saga familiale mais en ne se focalisant que sur cinq jours importants (un pour chaque membre de cette famille); pour Un heureux événement, c’est le livre d’Eliette Abecassis et pour Zarafa, mon film d’animation co-réalisé avec Jean-Christophe Lie (sortie 8 février 2012), c’est une histoire vraie, celle de la première girafe de France. Le plus compliqué pour un réalisateur, c’est de faire un choix, de s’arrêter sur un projet qui va lui prendre plusieurs années de sa vie. Chaque scénario me prend environ un an d’écriture. C’est pour ça que je fais très peu de films.

    Laetitia Kugler, script doctor et lectrice

    Laetitia Kugler, script doctor et lectrice chez Gaumont, ARTE et au CNC

    L’originalité du sujet n’est pas le premier critère car de nombreux sujets ont déjà maintes fois été traités.
    Ce qui compte dans l’expertise d’un scénario, c’est le traitement: une dramaturgie travaillée, une narration rythmée, des personnages bien caractérisés, le tout porté par une écriture cinématographique qui permette au lecteur d’imaginer (littéralement de faire image) la mise en scène. Ce que l’on attend, à la lecture d’un scénario, c’est qu’un auteur qui porte un point de vue singulier sur son sujet nous entraîne dans un univers particulier.

    Dans le livre

    • Trouver un concept,
    • Les grandes structures d’un scénario (en trois actes, la structures de type conte, etc.),
    • De l’idée au traitement,
    • La longue phase d’écriture du scénario,
    • Ecrire un scénario pour un tournage sans budget,
    • Ecrire un scénario pour un court métrage,
    • Protéger son scénario,
    • Un scénariste nous parle de son métier : Jean-Paul Bathany.
    Nathalie Lenoir, scénariste

    Nathalie Lenoir, scénariste

    Ne jamais oublier qu’on a choisi cette voie, tout en sachant pertinemment à quel point elle est ardue et que l’on travaille pour soi-même, c’est la meilleure motivation qui soit. Essayer de se créer un réseau en rencontrant d’autres jeunes professionnels via des associations, des forums.
    Consultez le site de Nathalie Lenoir, bourré de conseils et d’analyses : www.scenario-buzz.com

     
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  • Accueil > Ressources > Ecriture de scénario > Ecrire un scénario de documentaire

    Ecrire un scénario de documentaire

    mardi 21 mars 2006, par Benoît Labourdette.

    Ecrire un scénario de documentaire

    Au départ des questions :

    - Qu’est-ce qu’on documentaire ? Un regard sur le réel ? Une rencontre entre un cinéaste et une réalité ?

    - Quelle est la valeur d’un documentaire ? Dans la qualité de la spontanéité, la vérité, de cette rencontre ?

    - Spontanéité et vérité sont-elles deux notions équivalentes ?

    - Si tout est écrit, préparé, mis en scène, est-ce encore un documentaire ?

    La réalité des réalisateurs

    Chaque cinéaste a une approche particulière.

    - Certains cinéastes attendent très longtemps avant de « sortir » leur caméra et de filmer. Alain Degré, réalisateur du documentaire « Life goes on in the Kalahari » (1991), magnifique film sur la vie des mangoustes, passe longtemps avec les animaux, à vivre avec eux, à se faire accepter. Puis, il amène son coussin avec lui, qui est son pied de caméra, il le fait accepter. Et enfin, il amène sa caméra 16mm. Et quand, après ce long temps de rencontre, il commence à filmer, il est parmi eux, il filme de tout près, jamais avec un zoom. C’est aussi la méthode qu’a eue, dix ans plus tard, Jacques Perrin, pour son film « Le peuple migrateur », pour lequel les opérateurs ont carrément élevé eux-mêmes les oiseaux.

    - Certains cinéastes tournent immédiatement, et le sujet leur vient en écrivant-filmant. La caméra stylo.

    On peut convenir qu’il est difficile d’écrire un documentaire aussi précisément qu’une fiction ; et c’est même sans doute antinomique avec le genre.

    La rencontre avec le réel

    - Par la rencontre.

    - Par la lecture.

    - Par l’écriture.

    - Par la prise de son.

    - Par internet, aujourd’hui.

    - Par le tournage d’images. Je le mets en dernier, mais à mon sens, il devrait être en premier, car on parle de « cinéma » documentaire, par opposition au reportage télévisuel. « Cinéma », c’est à dire un art de la forme au service d’un fond, un art qui a conscience de sa présence et de son impact, un art qui assume et qui travaille le fait que la simple présence de la caméra agit sur l’environnement, un art qui sait, justement, que dès qu’une caméra est là, ce n’est plus le réel, ce n’est plus le même réel, c’est un réel qui se sait regardé, c’est un réel qui se met en scène lui-même, qui revendique son « droit à l’image ». La caméra ne peut pas se cacher. La rencontre si particulière au cinéma documentaire, sa qualité profonde, vient sans doute de la prise en compte de sa spécificité, d’être là en train de faire du cinéma. Nous faire croire qu’un documentaire n’est qu’un sujet, qu’on va filmer pour le transmettre, est mentir. Le vrai sujet est dans cette rencontre du cinéma avec un morceau de réel, de l’impact, sur le réel et sur les spectateurs - alors participants de cette expérience -, l’expérience d’un regard porté, l’expérience du travail du regard. Ce travail du regard peut s’opérer, surtout, dans la confrontation directe de la caméra avec son sujet je pense, même s’il n’est pas impossible par d’autres voies.

    La réalité de la production

    Si vous cherchez un financement pour votre projet de documentaire, on va vous demander un scénario. Cela pourrait être un dossier d’investigation, un projet, une direction, ce qui serait plus logique avec le genre documentaire. Non, c’est un scénario qu’il faut. Sinon, personne n’investit, ni le secteur public, ni le secteur privé.

    Deux solutions

    - Le premier parti à prendre : avoir de l’imagination, écrire tout, pour prouver qu’on est capable de « tenir » sur la durée, et assumer que le film sera peut-être complètement différent au bout du compte.

    - Le deuxième parti à prendre : tourner son film, sans financement, et puis une fois qu’il est fait, en écrire le scénario, et solliciter de l’argent pour le produire. C’est ce qui se passe régulièrement avec les demandes d’aides à la production au Centre National du Cinéma (CNC) : cet organisme n’aide pas les projets déjà réalisés, le film ne doit pas avoir été tourné. Il est déjà tourné, mais on ne le dit pas. On en écrit le scénario. Qui est dupe ? Et des projets obtiennent des aides de cette façon. Pourquoi pas.

    Pourquoi écrire un scénario de documentaire ?

    Ecrire, c’est indispensable, car l’écriture nous permet de préciser notre pensée. Ecrire un scénario, comme si un documentaire était un film de fiction, sans doute cela peut correspondre à certains projets, mais à l’évidence pas à tous.

    La raison d’écrire un scénario de documentaire tient souvent à celle de convaincre, pour que le film puisse exister. Ne soyons pas restrictifs, certains documentaires sont au contraire très écrits, et trouvent leurs qualités dans cette écriture, déjà, avant d’être réalisés. Des documentaires qui reconstruisent. Par contre, si le projet est fragile, est fondé justement sur l’appréhension d’une rencontre entre le cinéma et un sujet, écrire peut avoir l’effet inverse, peut scléroser le projet, peut rendre la vérité de la rencontre future, sa naïveté, qui est la condition de la découverte, pervertie, et peut tuer la qualité du film, qui tenait justement à cette fragilité.

    DOCUMENTS JOINTS

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