• Chronique amère d?un départ annoncé

    Chronique amère d’un départ annoncé

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    le 25.12.13 | 10h00

     

     

    Palestine Stereo tente de montrer à gros traits toute l’absurdité de la situation palestinienne actuelle.

    Il y a une surcharge d’amertume dans la nouvelle fiction du Palestinien Rashid Masharawi, Palestine Stereo, en compétition au 4e Festival international du cinéma d’Alger (FICA), projeté lundi soir à la salle El Mougar. C’est l’histoire de deux frères, Sami (Salah Hannon) et Milad (Mahmoud Abu Jazi) qui vivent sous une tente après la destruction de leur appartement par un bombardement israélien à Jenine. Sami est devenu sourd-muet après cette attaque et Milad (surnommé stéréo) a perdu son épouse Angham. Milad a arrêté de chanter depuis la mort de sa femme. Les deux hommes vivent donc dans la douleur. Leila, la voisine, qui est amoureuse de Sami, fait tout pour l’empêcher de partir au Canada où il compte s’installer avec Milad. Les deux frères quittent Jenine pour Ramallah, où ils logent chez leur sœur Myriam. L’époux de Myriam, avocat, s’occupe des procédures pour l’obtention d’un visa d’immigration pour Sami et Milad qui doivent toutefois réunir la somme de 10 000 dollars pour que le dossier soit accepté par l’ambassade du Canada.

    Ils louent alors du matériel de sono et assurent des fêtes de mariage et des meetings politiques. Milad apprend à Sami à gérer la console grâce aux vibrations. Un ministre, qui prononce un speech surgelé que Milad a appris par cœur, découvre que Sami est sourd-muet. Il explose de fureur. Il trouve ridicule qu’un sourd-muet s’occupe de la sono ! Illogique, n’est-ce pas ? Dans la démarche dramatique de Rashid Masharawi, c’est une façon de dire que rien ne va plus dans les territoires palestiniens... «Je suis contre la fuite et la faiblesse. Je suis pour la confrontation. C’est notre pays. On doit y rester, y travailler pour le construire», déclare Samir, un ami de Milad. Tout le récit de Palestine Stereo est bâti sur cette idée du départ. «Au Canada, les gens vivent normalement», confie Milad à son frère. «Moi-même j’ai voulu toujours partir ailleurs, vers l’Europe, l’Amérique ou les pays arabes. Et pourtant, je suis revenu en terres palestiniennes», a déclaré Rashid Masharawi lors de la première projection de son film au festival de Toronto. Leila poursuit Sami. «Pourquoi tu me fuis ?», lui dit-elle. Leila semble symboliser la Palestine, cette terre qui voit fuir ses enfants.

    «Je suis au Canada !», écrit Sami sur le mur de sa chambre. Leila fera une réponse écrite sur les murs de la même chambre qui ravivera toutes les douleurs chez Milad… «La vie» et «la terre» apparaissent écrits sur une pancarte lorsque le véhicule de Sami et de Milad, une ambulance, fait le tour de la ville. C’est suffisamment visible pour que l’on se rende compte que Palestine Stereo est tombé dans le cinéma-slogan. La politique traverse Palestine Stereo de bout en bout. Mais Rashid Masharawi a cédé à la facilité du discours. Il est en colère contre la division de la Palestine entre Ramallah où siège l’Autorité, et Ghaza, où est installé le Hamas. Il rage contre «les négociations» qui n’en finissent pas entre Palestiniens et Israéliens. Il se moque de tous les mouvements politiques, FPLP, OLP, Fida, Hamas… Les discours sont enregistrés dans des CD utilisables à tout moment. Des discours qui n’évoluent pas, sont les mêmes depuis la nakba, depuis 1947. Ne reste que Biladi, l’hymne national palestinien. Et là, Sami et Milad découvrent lors d’un meeting que le CD a disparu ! Un patriotisme qui s’évapore comme l’amour évanescent de Sami ? Milad improvise avec sa voix Al nachid al watani al falestini, l’hymne palestinien.

    La foule adhère. L’honneur est sauvé donc. Sami et Milad iront-ils au Canada ? On ne le sait pas. Rashid Masharawi ne tranche pas. Tant mieux, sinon son scénario aurait pris la mauvaise route. L’avant-première palestinienne de Palestine Stereo se fera le 9 janvier 2014 à Ramallah. Le film a été déjà projeté aux festivals de Toronto et de Dubaï ainsi qu’au Festival du cinéma arabe en Argentine. Palestine Stereo a été soutenu par des fonds émiratis, français, norvégiens et tunisiens. Les producteurs, Habib Attia et Abdelsalam Abou Askar, ont profité du tournage du film à Ramallah pour former des équipes palestiniennes. Rashid Masharawi a réalisé d’autres fictions comme L’anniversaire de Leila, Un ticket pour Jérusalem ou Attente. Palestine Stereo ne paraît pas être le film le mieux réussi.
    Dans l’anniversaire de Leila, il était question de retour. Dans Palestine Stereo, c’est le départ qui est mis en avant… La déception de Rashid Masharawi risque d’être contagieuse ! 
               

    Fayçal Métaoui
    « Festival international du cinéma d?Alger La Yougoslavie racontée par son propre cinéma.L?histoire d?un pays qui n?existe plus »
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