• 75e Festival de Cannes Rima Abdul-Malak tacle un barrage et applaudit «Le Barrage» de Ali Cherri

    75e Festival de Cannes

    Rima Abdul-Malak tacle un barrage et applaudit «Le Barrage» de Ali Cherri

     

    Ali Cherri fouille l’âme de son personnage principal, Maher, comme un égyptologue le ferait avec le Sphinx.

    Mardi en soirée, Rima Abdul-Malek, la nouvelle ministre de la Culture, montait les marches en compagnie de six jeunes qui avaient été refoulés d'une projection, leur Pass tout fier, mais aussi incrédules presque de se retrouver foulant le tapis rouge. La veille, ces mêmes cinéphiles avaient été empêchés de voir un film malgré leur Pass culture.

    Or, ce sésame permet aux 15-18 ans (scolarisés ou pas) de disposer d'un crédit de 300 euros à utiliser pour l'achat ou la location de biens culturels. Et il se trouve que ce Pass culture a été pensé par Rima Abdul-Malak du temps où elle était la conseillère médias à l'Élysée... Donc pour cette soirée bien particulière, puisque le festival fêtait sa 75e édition, ce fut également l'occasion de fêter d'une belle manière et avec éclat, le premier anniversaire du lancement de ce Pass culture.

    Mardi toujours, en fin de matinée, la ministre de la Culture débarquait sans protocole aucun au Palais de la Croisette pour assister à la projection du film du réalisateur et plasticien libanais Ali Cherri, «Al Sed» («Le Barrage») à la Quinzaine des Réalisateurs. Une oeuvre qui a été longuement applaudie malgré l'aridité de son espace, un no man's land soudanais où l'ex-dictateur El Bachir avait érigé un immense barrage sans tenir compte ni du patrimoine culturel et humain détruit où déplacé à coups de bulldozer. Ali Cherri a situé son histoire, durant la période où la jeunesse soudanaise était entrée en résistance contre le régime despotique du colonel Al Béchir.


    Près du barrage de Merowe, sous un soleil de plomb, Maher travaille dans une briqueterie traditionnelle alimentée par les eaux du Nil. Maher, en marge de son dur labeur, entretient un mystère autour d'un édifice qu'il façonne à mains nues, dans un endroit assez éloigné, dans le désert.

    Avant d'aller plus en avant, il est utile de rappeler que ce barrage depuis son érection, en 2010, a déjà affecté sérieusement l'écosystème en bloquant la migration des poissons et en dégradant la qualité de l'eau. «Je suis attiré par les catastrophes de tout genre et j'aime les interroger pour savoir leur impact sur l'homme et la nature» rappelle Ali Cherri qui s'était même déplacé en Algérie pour examiner les conséquences des séismes qui s'y sont produits.

    En atelier, il interroge les imaginaires autour de la boue, «élément corrosif, mais d'où la vie peut jaillir», prenant comme point de départ des espaces envahis par la boue, tels que les musées archéologiques de Fukushima ensevelis après le tsunami ou encore l'inondation des réserves du Louvre en juin 2016, ou bien sûr le barrage de Merowe sur le Nil au Soudan.

    Merowe qui sera aussi le cadre du premier long métrage, qui au-delà de l'oeuvre du plasticien avéré, est aussi une profonde introspection qui sonde l'être au plus profond de lui-même. Ali Cherri fouille l'âme de son personnage principal, Maher, comme un égyptologue le ferait avec le Sphinx. Cherri, le plasticien, rappelle à bien des égards celui de l'Égyptien Hassan Fathy («Construire avec le peuple»), avec la même bienveillance en tout cas. Partout, le cinéaste guette l'humain (Maher) dans sa quête.

    Quand, avec la glaise humectée, Maher élève patiemment sa tour de terre, dans laquelle il croit déceler un visage aussi déchirant que celui du «Cri» de Munch, il en arrive même à entendre, à bas bruit, les injonctions et les propos comme sortis de la bouche d'un oracle qui le met en garde contre sa recherche effrénée de ce qu'il n'aura jamais... Son mausolée qu'il croyait avoir sauvé des eaux en furie du Nil proche, en le bâtissant plus loin sur les terres désertiques, finira par s'écrouler suite à des trombes d'eau, de cette pluie rare en ces lieux, mais le plus souvent porteuse de catastrophe, mais aussi de vie, pour les premiers patients.

    Et cela est décelable, dans le regard droit final, face à la caméra de Maher. Un long gros plan, où se lira le désarroi, la détresse de Maher, de ses larmes naissantes qui finissent par prendre une couleur tel un ru échappé d'un flot du Nil et qui finira par éclairer avec beaucoup de discrétion un sourire naissant.


    «Le comble du pessimisme, c'est l'optimisme.». Avec cette leçon de cinéma charriant aussi une leçon de vie, Ali Cherri aura rendu à ce gigantesque bloc de béton, un peu de vie, d'humanité. Comme dans «Théorème» de Pasolini, Maher dans «Al Sed» ne perçoit plus que ce vide bien plein comme d'un faisceau de perspectives nietzschéennes, où s'entremêlent des pulsions et surtout des volontés. Une belle oeuvre que cette oeuvre de Ali Cherri! 

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